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Ethique, Finance & Responsabilité

 

5ème Rencontre Internationale

Ethique, Finance & Responsabilité

29 et 30 Septembre 2006, Genève


Compte-rendu abrégé des contributions et des débats

Finance servante ou finance trompeuse ? / Finance as Servant or Finance as Deceiver ?

Christian Campiche accueille les participants et propose aux membres du panel de se présenter eux-même.

Ernesto Rossi di Montelera ouvre la séance en tant que président de l’Observatoire de la Finance. Il passe en revue quelques étapes de la vie de l’Observatoire. En 1993, le prologue a été la publication de « Marchés financiers, une vocation trahie ? ». C’est l’étincelle qui a déclenché le processus. En 1996, l’Observatoire était créé comme fondation avec le soutien du professeur Cosandey et de la Fondation pour le Progrès de l’Homme. En 1997, le colloque organisé à Jérusalem a été une expérience inoubliable. Le thème de la dette et du jubilé a été l’occasion d’attirer l’attention sur la relation entre la finance et le temps. En 1998, c’était le premier numéro de la revue, qui est l’une des manifestations les plus concrètes de l’Observatoire. L’idée du bien commun s’est imposée parce qu’elle correspondait à la recherche d’une base de la responsabilité dans les activités financières. En 2000, le colloque organisé à Cracovie a permis d’établir le lien avec la Pologne de façon concrète. Cela donne un pied dans l’Union Européenne. En 2001, les rencontres de Bossey ont commencé, pour devenir aujourd’hui un rendez-vous fondamental. En 2003 a eu lieu la publication du Yearbook. C’est probablement le travail le plus substantiel et l’un des plus prometteurs. En 2005, suite à des réflexions sur le cas Enron, l’Observatoire publiait un livre. Un réseau de véritables amitiés est important pour la pérennité de l’Observatoire qui est promis à un bel avenir. D’autres institutions ont commencé à entretenir des liens avec l’Observatoire, notamment l’Université de Fribourg et l’Université de Cracovie. Ernesto Rossi di Montelera salue les deux présidents précédents, Maurice Cosandey et Jean-Loup Dherse, et la collaboration de Paul Dembinski et d’Alain Schoenenberger.

Paul Dembinski évoque l’histoire de l’Observatoire de la Finance depuis sa création il y a dix ans. L’aventure a commencé avec une question posée en 1991 par le Prof. Cosandey, relayée ensuite par Pierre Calame et la Fondation Charles Léopold Mayer – à quoi servent les marchés financiers ? Une question en apparence naïve, mais en apparence seulement. La première publication de ce qui allait devenir plus tard l’Observatoire de la Finance, portait le titre « Marchés financiers : vocation trahie?» Ce n’est pas par hasard que le titre de ce bref exposé « Finance servante ou finance trompeuse ? » - qui est aussi celui d’un prochain ouvrage de l’Observatoire – est fait d’une question qui se situe à l’intersection du factuel et du normatif.

Quelques statistiques donnent une idée de l’expansion des activités financières :
(1) la capitalisation des bourses mondiales est passée en 20 ans de 20% du PIB à plus de 100% ; alors que leur chiffre d’affaires a augmenté encore plus vite ;
(2) en 15 ans à peine, la valeur notionnelle des produits dérivés a atteint des sommets vertigineux, proches en valeur du 100% du PIB mondial ;
(3) pour terminer, on peut faire apparaître l’explosion des transactions de change, dont le volume correspond aujourd’hui à 10 fois le PIB mondial, avec une croissance estimée à un facteur 14 en 20 ans. En conclusion, de ce survol statistique on peut affirmer que l’essentiel de la financiarisation s’est exprimé non pas au travers de la multiplication des RELATIONS de financement, mais au travers de l’explosion du nombre et de la variété des TRANSACTIONS financières.

La rapport entre transaction et relation – deux termes abstraits – mérite que l’on s’y arrête maintenant. En finance, la transaction n’est pas autonome par rapport à la relation puisque la relation, elle-même, est justement le « sous-jacent », l’objet de la transaction. Il en va ainsi à chaque fois qu’une obligation ou une action changent de mains. En effet, la transaction vient se greffer sur une relation pré-existante ; elle permet la substitution par un tiers d’une des parties à la relation. Au prime abord, la substitution rendue possible par la transaction apporte un élément de flexibilisation à la relation. Toutefois, la multiplication des transactions au cours de la durée de vie d’une relation n’est pas sans en affecter le fonctionnement. Sujette à des substitutions incessantes de parties, la relation devient anonyme, mécanique et procédurale ; la solidarité des parties devient théorique alors que la légendaire « sortie » devient l’attitude dominant du financeur face aux aléas du projet : il en sort tantôt pour fuir, tantôt pour empocher un gain en capital – quel que soit le motif, il est, en permanence, sur le point de «sortir». Trop de transaction épuise la relation puisque cela disloque la « communauté de destin » qui en constitue l’essence. Revenons à la question posée dans le titre « Finance trompeuse ou finance servante ? ». La finance est servante quand elle aide à la naissance et au renforcement de la relation, de la collaboration qui porte en elle la promesse d’un accroissement futur ; la finance est trompeuse quand elle instrumentalise la relation et le partenaire au nom d’un « gain en capital » à réaliser au prix d’un abandon, voire d’une trahison. La finance est servante quand elle est pilier de la confiance, ouverte sur l’avenir du projet, elle est trompeuse quand elle vend ou achète cet avenir avant qu’il ait pu exister et le transforme ainsi en contrainte et carcan pour le présent.

Quatre pistes d’action principales se dégagent pour contribuer à mettre la finance au service du bien commun, pour faire en sortes que l’attrait de la transaction ne dénature pas les relations de financement et de coopération. Le premier réflexe consiste à mieux réguler la transaction. La deuxième piste d’action porte sur l’encouragement à la mise sur pied de relations véritables – avec une dimension de responsabilité et de solidarité entre les parties - à partir des rapports ou relations financières. La troisième piste de réflexion et d’action est sans aucun doute la plus ambitieuse : elle se situe au niveau du politique, de l’architecture même de nos sociétés qui doivent instaurer une « prime à la durée» dans les rapports économiques et donc à limiter les facilités de sorties et d’entrées intempestives.

Christian Campiche trouve que Paul Dembinski a donné des chiffres qui donnent le vertige : l’amitié et la parole donnée qui cèdent le pas au rendement nous mettent selon lui au cœur du problème. Le praticien de l’information a été confronté à ce dilemme : comment parler de l’économie sans tout ramener à la performance boursière ? Comment lier les ambitions éthiques à la pratique ? Car tout s’emballe et l’enjeu est d’éviter la catastrophe.

Maurice Cosandey a posé la question « à quoi sert la bourse ? » en 1990 à la Fondation pour le Progrès de l’Homme. Il était décidé de trouver une organisation capable de faire un rapport à ce sujet. Eco’Diagnostic a sorti un rapport en 1993. La Fondation décidait de poursuivre sous la forme de la création de l’Observatoire de la Finance. Il attire l’attention sur trois points : notre planète, la gestion de l’avenir et l’industrie. La terre peut être considérée comme un organisme physiologique autorégulé. Cette idée doit être incorporée par tout le monde, car on n’a pas la même attitude à l’égard d’un être vivant que d’une pierre. A long terme, la terre pourrait ne plus supporter l’humanité. Elle fait en sorte de maintenir une température moyenne constante de 10 à 20 degrés. Il y a une autre régulation de la planète pour que la proportion de sel dans la mer reste constante. Comme l’eau, l’énergie devient une préoccupation majeure et il n’est pas exclu que les ressources soient épuisées à la fin du siècle. Dans l’hypothèse de la poursuite de la hausse de la consommation, la dispute sur l’énergie nucléaire va se poursuivre. Il faut 300 ou 400 éoliennes pour remplacer une seule centrale nucléaire. Gaia est radioactive, mais il faut créer la confiance. En Suisse, les énergies renouvelables représentent une centrale nucléaire. Les relations entre l’industrie et l’écologie ont d’abord été prises au sérieux au Japon. Une autre question est la diminution des déchets. La finance doit apporter son attention à ces questions, notamment aux énergies renouvelables.

Pierre Calame part de l’étonnement. Tout dans le domaine de la finance et de la monnaie lui paraît en effet bizarre. Son mode d’entrée dans le problème est la gouvernance, la capacité de la société à assurer son équilibre, pour rester dans sa sphère de viabilité. Un aspect important est l’ingénierie institutionnelle, l’art de concevoir des institutions. Quand la logique d’une institution va contre ses objectifs, c’est toujours l’institution qui gagne. Le foisonnement d’institutions est le signe de la disjonction entre les institutions existantes et leurs objectifs. Sa deuxième façon d’entrer dans le problème est l’histoire : on pense demain avec les idées d’hier et cela ne marche pas. Il n’y a rien de plus dangereux qu’une norme dont on a oublié l’origine. Il faut revenir à la bifurcation, s’agissant par exemple de la monnaie. On a fait de la démocratie un absolu qui correspond à des ambitions du XVIIIe siècle. La troisième voie d’entrée dans le problème est la nature des institutions. Au niveau des dirigeants, on est frappé de l’incompétence des interlocuteurs. Il est incompréhensible que les fonds de pension fonctionnent sur des benchmarks à six mois. C’est stupéfiant qu’on rémunère les banques sur les transactions. Les institutions de la finance ont des modes de rémunération axés sur le court terme : comment financer la mutation qui attend des pays comme la Chine et l’Inde ? La monnaie est une institution dépassée. Notre système financier ne répond pas à l’exigence de traçabilité. Le marché est un univers totalement anonyme. Nous n’échapperont pas à une monnaie à plusieurs finalités. Utiliser la monnaie comme réserve de valeur est une aberration. Cela voile les questions qui doivent être posées à la finance.

Andrew Hilton argues that finance is infrastructure, it is plumbing. Questions like those being asked today are bull market questions, says he without wanting to sound cynical. He makes the point that the highest finance imperative is to act in the best interest of those whom one holds a fiduciary responsibility. We all have responsibility to mankind on a whole, but this is further down the list. The average income in Germany has grown 30 times. The modern economy has taken people out of poverty for more than philanthropy. Capitalism works, but are at a point where it is barely capitalism at all. There is a shift to services, a shift from facilitating activity. The shift to services has been studied extensively. In the long term, if we cannot compete with China in productions, we will not be able to keep an edge. Many people point to Japan as a model of how China will be absorbed into the system. In Japan, wages soon started to rise to western level but China where 150 million people work for almost nothing represents an existential threat to the western way of doing things. There are very few activities where we still have an advantage. In proprietary trading no real value is created. The phenomenon of short-selling is very new : 50% of banks having sold accompany short have an interest in seeing it go down. The average ? remuneration of an executive has risen to 127 times the average household income in the UK. The problem is that capitalism is changing. Now dignified bureaucrats are paid like entrepreneurs. Huge rest fee rewards are going to those who are manipulating the system. The problem will become more acute where the bear market follows and the questions asked by the Observatoire will become ever more relevant.

Jean-Loup Dherse évoque l’apparition de la science financière et sa mathématisation du réel. Il propose de réfléchir sur ce qu’est le réel. Le qualitatif échappe au réel. C’est là l’origine des risques que court la planète. L’avenir de l’Observatoire est dans cette réflexion.

A participant argues that the world that needs money gets none, only the world which is in a position to pay back.

Un lecteur de la revue admet que les rémunérations aberrantes sont un problème, mais aimerait savoir si les marchés financiers sont capables de s’autoréguler, de créer des liens à long terme.

Paul Dembinski revient sur deux points. La transformation systémique : il y a des inversions de flux, à l’intérieur des sociétés. Le financement des déficits publics par l’endettement et non pas par l’inflation est l’une des ces inversions.

Christian Campiche présente le prix Robin Cosgrove.

Carol Cosgrove-Sacks says that it is a very special occasion to launch this prize for innovative ideas for ethics in finance. It is a timely object. We will have candidates from emerging markets. The vision is to provide greater awareness. In launching the prize the intention is to give a higher priority to ethics in the daily routine. Robin was an ordinary young man with extraordinary gifts. He worked mainly in Tokyo and finally in London. He was uncompromising in his demands on himself and his colleagues : he showed trust for the client and to his colleagues. He had studied Japanese, although it had not been his initial intention. He had won a prize to study French but instead went on to study Japanese, because there were already to many students in the French class. He graduated in Japanese and economics in 1996. He started in Barclays, studying the impact on the Japanese market of a major quake. He went on working with Dresdner and Warburg in Tokyo and was eventually head hunted at Morgan Stanley where he started with hedge funds. In the spring of 2004, he was appointed to launch a hedge fund and died in the last stages of launching the fund. He traveled very widely and came up with the idea of a programme in finance for the poorer countries. The last time she talked with him in London, he told her that he was going to set up some sort of a foundation to empower young people. They, he argued, should take ethics very seriously: he was dismayed by what he had seen in some countries. He knew he was privileged but he had to use some of the proceeds. How can an economy develop if people cannot trust their bank. In 2005, she approached Paul Dembinski to see if they could do something together. She had known of him from her time in the United Nations in Geneva. The board of the Observatoire de la Finance believed that the prize would be suitable for the tenth anniversary of the Observatoire. This is now part of something which will become very interesting. The Observatoire plans to publish the best papers in December 2007. The details of the prize will be circulated in the World Bank and the International Monetary Funds and the staff encouraged to participate. She would like to ask everybody in the audience to disseminate information about the prize.

Andrew Hilton draws the attention to his memorial site on the internet and the link to Japan. He is the epitome in his ten years career of the experiences of people of his generation who manage to cram in so many jobs in so little time.

Mohammad Farrokh

 

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