Enron et le monde de la Finance
Un cas d'étude éthique
Que reste-t-il aujourd’hui, trois ans après, du scandale « Enron » ? A n’en pas douter, le « cas Enron », comme on l’appelle pudiquement, n’a pas encore fini de graver son empreinte. Pourtant, il y a déjà un certain nombre de souvenirs : d’abord celui des 50 milliards de dollars de capitalisation boursière du géant américain envolés en fumée, le souvenir de « l’empire Andersen » - dégât collatéral - évanoui avant même que les faits qui lui sont reprochés ne soient avérés, la nostalgie de l’euphorie boursière qui, en quinze ans, s’était progressivement emparée de l’Amérique et, un peu plus tard, du monde entier pour s’essouffler à la fin 2001. En plus des souvenirs, il y a les retombées directes : d’abord la vigilance accrue des opérateurs échaudés par Enron, qui a contribué à alimenter la série des scandales qui s’allonge quotidiennement depuis, et les nouvelles régulations et lois dont le « Sarbanes-Oxley Act » est l’exemple le plus connu mais pas le seul.
Au cœur de cet inventaire d’héritage, caché parmi les autres éléments, est enfoui le véritable joyau de l’affaire, celui qui hantera les esprits très longtemps encore. Il s’agit, en dernière analyse, des questionnements sur le pourquoi, le comment et sur les responsabilités directes et indirectes de l’affaire Enron.
L'Observatoire de la Finance – fondation basée à Genève – consacre un numéro double de sa revue Finance & The Common Good/Bien Commun (ISSN: 1422-4658) à Enron, pour offrir au lecteur une moisson d’analyses et de contributions qui conjugue, en 148 pages, le regard et la compétence de 12 auteurs d’orientations et de spécialités différentes. Les diverses contributions réunies montrent à loisir que le cas Enron est un extraordinaire écheveau où s'entrechoquent des niveaux de réalité très différents dont certains sont strictement contingents au « cas » alors que d'autres le dépassent très largement. Il n’est par conséquent pas étonnant que, selon l’angle, il y ait des divergences d’analyse - qui ne sont pas nécessairement des contradictions - quant à l’identification des causes et responsabilités et aux propositions de mesures correctives.
Ainsi, le numéro s’ouvre par l’ordre technique grâce à la contribution magistrale d'Andrew Conford (Research Fellow, Financial Markets Center) qui fournit la pièce-maîtresse. Dans cette enquête minutieuse, l’auteur étale au grand jour les mécanismes comptables et économiques qui ont été utilisés. Cette analyse est prolongée par l’interview de Claude Baumann (ancien directeur adjoint pour le marketing et la communication d’Arthur Andersen Suisse) qui a enquêté sur la chute de l’empire Andersen.
Les contributions de François-Marie Monnet (Multiplus Finance SA), François de Lacoste Lareymondie (cadre dirigeant d’un groupe bancaire français), celle de Hans Blommestein (Senior Financial Economist et Head of Capital Market Programme à l’OCDE) et d’Edouard Dommen (Membre du Comité scientifique du RUIG – Genève) s’inscrivent dans la perspective de la cause matérielle dans la mesure où elles mettent en lumière un certain nombre de pratiques qui se retrouvent dans le cas Enron mais qui, par ailleurs, sont caractéristiques de l’économie moderne. Ces contributions débouchent sur l’analyse de la réponse donnée par le politique. Les articles d'Anthony Travis (Partenaire chez PricewaterhouseCoopers) et d’Edward Kane (Boston College) se penchent sur le fonctionnement interne des entreprises en général et des métiers de la révision en particulier, sur les mécanismes internes d’Enron, sur sa culture. L’analyse de John Dobson (College of Business, Cal Poly - California Polytechnic) conduit l’auteur à s’interroger sur les motivations éthiques des dirigeants pour déborder le cadre individuel et aboutir à la mentalité dominante dans les établissements responsables de la formation de futurs cadres. A ce dernier niveau, qui est celui de la cause finale, John Dobson est rejoint par Etienne Perrot s.j. (Université Catholique de Paris) qui pose les jalons d’une analyse véritablement éthique du cas Enron.
Henri-Claude de Bettignies (Professeur de la AVIVA Chair of Leadership and Responsibility de l’INSEAD) et Robert Kennedy (University of St. Thomas) focalisent leurs contributions sur les qualités personnelles - ou leur absence - de ceux qui sont directement impliquées dans la prise de décision. Ceci les conduit à se tourner vers l’amont et mettre en exergue la responsabilité qu’incombe aux « business schools », ces écoles d’officiers des temps modernes. Or, aujourd’hui, les « business schools » faillissent à leur mission parce qu’à force de s’acharner exclusivement sur la transmission des techniques, elles font - dans leur grande majorité - l’impasse sur le développement des qualités et vertus personnelles.
Pour de plus amples informations et pour recevoir une copie presse de ce numéro de Finance & the Common Good/Bien Commun, veuillez contacter Mlle Sibilla Guidotti, +41 (0)22 346 30 35, office@obsfin.ch
