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Economie et finance solidaires

22 octobre 2004

A l’aube de l’année internationale du micro-crédit proclamé pour 2005, l’Observatoire de la Finance, une fondation à but non lucratif basée à Genève, a mené des projets visant à étudier plus en détail les facettes de l’économie et la finance solidaires.

En soi, la recherche de formes juridiques et sociales mieux adaptées aux aspirations économiques des uns et des autres n’est pas nouvelle. Il en va ainsi du mouvement coopératif qui a été, tout au long des deux derniers siècles, le symbole d’une alternative volontairement marginale - sauf dans le cas de l’autogestion yougoslave - par rapport à l’économie capitaliste. Sa raison d’être est de permettre aux coopérateurs de bénéficier d’avantages obtenus grâce à l’action commune (prix d’approvisionnement ou taux d’intérêt bas, mutualisation de certains risques ou sécurité de l’emploi).

La logique qui préside aux activités de l’économie ou de la finance solidaire est différente. Les bénéfices et avantages - avant tout non monétaires - obtenus grâce à l’activité commune, sont diffusés vers l’extérieur et la raison d’être de ces initiatives tient donc à la création d’une « plus-value sociétale ». Si l’économie sociale - articulée autour de la coopérative - dénote une volonté de prise en main de leur destin par les coopérateurs, l’économie solidaire découle de la générosité des acteurs et de leurs sentiments de responsabilité par rapport à ceux qui sont restés à l’écart : pauvres, exclus du marché du travail, exclus de la finance, femmes en marge de la misère, paysans trop exploités pour avoir une vie digne, etc.

La plupart des initiatives qui s’inscrivent aujourd’hui dans la mouvance de l’économie et de la finance solidaires, sont autant de réactions citoyennes à la misère, l’injustice et l’exclusion. La micro-finance, et plus précisément la Grameen Bank, en sont un exemple emblématique. Il n’en demeure pas moins que toutes les pratiques au nom de la générosité ne font pas l’unanimité et que les divergences d’opinion, apparues déjà lors du « Microfinance Summit » de 1997, ne se sont pas apaisées depuis. Aujourd’hui, il semble acquis par exemple que le micro-crédit est une technique, un instrument qui peut être utilisé au service d’intentions très différentes, parfois même incompatibles avec l’idée de la solidarité.

En se démarquant de l’idée - limitée et simplificatrice par ailleurs - de l’intérêt général, l’économie solidaire acquiert une formidable capacité d’auto-justification, mais elle se trouve en même temps doublement fragilisée. Premièrement, une telle capacité d’auto-justification ouvre la porte à la naïveté, voire aux abus, tant il est facile de légitimer tout et n’importe quoi au nom des bons sentiments et du bien commun. Deuxièmement, la capacité d’auto-justification propre à chacune des initiatives augmente l’hétérogénéité interne du mouvement et complique le dialogue politique.

Le défi que l’économie et la finance solidaires doivent soulever dans les toutes prochaines années consiste simplement à démontrer qu’elles existent en tant qu’ensemble d’activités économiques articulées autour d’une logique qui leur est propre et les distingue des autres formes de l’activité économique. Les tentatives pour conceptualiser le socle commun ont été nombreuses ; toutes ont échoué, peut-être aussi parce que nombre d’entre elles recèlent un hiatus profond entre action et réflexion et qu’elles craignent une récupération politique.

En outre, dans l’économie et la finance solidaires, l’esprit compte nettement plus que la forme qui n’est qu’instrument. Du fait de leur caractère peu formalisé, les initiatives échappent aussi bien aux outils d’analyse classiques qu’aux méthodes d’action politique. Ainsi, un des défis que l’économie et la finance solidaires devront relever dans un proche avenir consiste à mettre sur pied des structures internes qui leur permettront de parler d’une voix audible sur le plan politique et de nouer ainsi un dialogue avec les gouvernements et les organisations internationales.

Le dernier numéro de Finance & the Common Good/Bien Commun, la revue de l’Observatoire de la Finance, intitulé Economie et finance solidaires. Chimère ou nouveau défi ? propose au lecteur une palette unique de témoignages et de réflexions sur la mosaïque d’initiatives, et aussi de projets et de potentiels, dont la dynamique de l’économie et de la finance solidaires est porteuse.

Une autre publication de l’Observatoire de la Finance sur ce thème est le rapport Finance solidaire. Les prémisses pour un dialogue politique et un changement d’échelle, qui cherche à identifier les différentes approches de la finance solidaire, pour confronter ensuite la définition conceptuelle avec les pratiques des acteurs et évaluer les conditions qui pourraient permettre un dialogue politique.

Pour de plus amples informations et pour recevoir une copie presse de ce numéro de Finance & the Common Good/Bien Commun, veuillez contacter Mlle Sibilla Guidotti, +41 (0)22 346 30 35, office@obsfin.ch

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