Globalisation financière et Droits de l'Homme
Le 20 mars 1997, en marge de la Commission
des Droits de l’Homme, l’Organisation Internationale pour
le Développement de la Liberté d’Enseignement (OIDEL)
et l’Observatoire de la Finance organisaient un colloque autour
du thème "Globalisation financière et Droits de l’Homme".
Le texte qui suit est une transcription abrégée des différentes
interventions. Il relève de l’unique responsabilité
des organisateurs.
Guy Guermeur, Vice-président de
l’OIDEL, Genève
Certains peuvent regretter la globalisation mais elle est irréversible.
Durant les 50 dernières années, la globalisation a beaucoup
progressé : les pays et les individus deviennent de plus en plus
les parties d’un seul et même espace. Si nous pouvons relever
un certain nombre d’effets négatifs, nul ne peut pourtant
nier que l’essor général de l’économie
a connu des développements considérables du fait même
de la suppression des frontières. Tous les appels à rechercher
un modèle différent ont échoué et ceux qui
ont résolument accepté le modèle économique
occidental ont mieux réussi que ceux qui hésitaient.
La globalisation, en facilitant les échanges a induit une augmentation
des richesses. Les droits élémentaires (tels que le droit
de manger à sa faim, le droit d’être en sécurité,
ou encore le droit de pouvoir s’exprimer, de savoir, de dire) en
ont bénéficié. Néanmoins, le système
reste imparfait. Des contradictions importantes sont aujourd’hui
constatées : entre le salarié et le consommateur, entre
le salarié et le capitaliste, entre les pays en développement
et les pays développés, entre les pays les plus organisés
et les pays qui cherchent un peu leurs structures communes.
En conséquence, je pense que les Droits de l’Homme, s’ils
ont bénéficié de l’ouverture des frontières,
peuvent être ici et là menacés. Il s’agit donc
pour nous aujourd’hui de débusquer les injustices et parer
les attaques contre les Droits de l’Homme. Des remèdes sectoriels
ont déjà été trouvé (Organisation Mondiale
du Commerce (OMC), BIT, ainsi que d’autres institutions de l’ONU).
Est-ce qu’on ne peut pas imaginer que ces institutions respectées
puissent tenter de trouver, en unissant leur action, non pas un foisonnement
bureaucratique, mais des consensus universels à l’image de
l’Uruguay Round, qui a fondé l’OMC ? Est-il vraiment
utopique d’imaginer que se crée demain, sous la pression
des opinions publiques, une prise de conscience des acteurs économiques
qui aboutisse à la création d’un " gendarme "
des Droits de l’Homme ?
Paul H. Dembinski, Secrétaire général, Observatoire
de la Finance, Genève et Professeur, Université de Fribourg,
Fribourg.
Depuis une vingtaine d’années, les rapports entre les activités
financières et le reste de l’économie subissent une
transformation en profondeur dont l'ampleur et les conséquences,
notamment sur le plan social, méritent une réflexion urgente.
Même s’ils restent silencieux sur la nature même de
cette évolution, quelques chiffres permettent d’en saisir
l’importance. De 1980 à 1993, le produit national brut nominal
des pays de l’OCDE a été multiplié par 2,5,
la valeur du commerce mondial par 3,4 et celle des actifs financiers traités
sur les plus grandes places boursières par 7,7. Parallèlement,
le volume des transactions de change augmentait 15 fois. La croissance
des activités financières est donc bien 2 à 4 fois
plus forte que celle du reste de l'économie.
Cette accélération modifie fondamentalement la place de
la finance dans l’économie contemporaine : d’un secteur
économique spécialisé, celle-ci est devenue une activité
transversale qui touche aussi bien l’agriculture et l’industrie
que les services. Plus que par le passé, la finance fait partie
de notre vie privée; sa place dans la vie publique et politique
ne cesse d’augmenter.
Le 15 août 1971, le président Nixon suspendait la convertibilité
du dollar en or. La discorde ou l’impuissance des gouvernements
de l’époque ont amorcé le processus de " privatisation
des monnaies " qui se poursuit aujourd’hui encore par l’érosion
continue du pouvoir des banques centrales sur la création monétaire.
La finance s’est engouffrée dans la brèche ouverte
par Nixon, bénéficiant de surcroît des progrès
technologiques en matière de transmission et de traitement des
informations. A cela s’ajoutent la mondialisation des activités
économiques et des entreprises, l’harmonisation des normes
internationales et finalement, facteur important mais souvent passé
sous silence, la consolidation au niveau planétaire du dogme de
l’infaillibilité du chiffre. Le chiffre est (re)devenu sacré,
comme dans l’Antiquité, en particulier lorsqu'il exprime
des données financières.
Le changement des rapports entre la finance et le reste de l’économie
comporte au moins deux conséquences :
· La première tient à la fusion des domaines monétaire
et financier, auparavant séparés juridiquement et institutionnellement.
Les opérations de change représentent aujourd’hui
une grande partie des activités financières. Ce nouvel état
de fait nous oblige à redéfinir les compétences des
pouvoirs publics nationaux, internationaux et supranationaux et leurs
instruments d’action, notamment en matière de surveillance
et de régulation.
· La seconde est liée à l’ambiguïté
croissante des rapports entre la finance en voie de globalisation et la
monnaie qui reste un symbole de la souveraineté au service de l’intérêt
général.
L’Observatoire de la Finance est précisément né
de la conviction qu’il importe, plus que par le passé, de
veiller à la convergence de l’évolution de la finance
et des exigences du bien commun.
En effet, si l’évolution des marchés financiers ne
fait aucun doute, leur contrôle reste hypothétique. Leur
autorégulation semble peu probable tant le souci des résultats
immédiats est prépondérant sous la pression de la
concurrence. Un contrôle de l’extérieur paraît
peu plausible à court terme au vu de la complexité des enjeux
et de la faiblesse des institutions en place.
L’exacerbation financière a pu avoir lieu parce que nous
avons laissé carte blanche au petit spéculateur qui dort
en chacun de nous. Nous nous sommes laissés séduire et impressionner
par la clarté, l’élégance et la rationalité
apparente du langage des chiffres. Il est temps d’admettre que la
finance, tout en étant indispensable au bon fonctionnement de l’économie
et de la société, ne peut être le facteur ultime déterminant
nos choix individuels, familiaux, industriels, politiques et sociaux.
C’est à cette condition seulement, qui fait appel à
notre sens personnel de la responsabilité que la dérive
pourra être évitée.
Rubens Ricupero, Secrétaire Général,
Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement
(CNUCED)
En cette fin de siècle, je vois deux problèmes majeurs dans
le monde : l’inégalité – tant à l’intérieur
des pays qu’entre eux – et le chômage. Dans les deux
cas, le vingtième siècle n’a apporté aucune
solution satisfaisante, au contraire, ils ont été aggravé
par la mondialisation. A mesure qu’elle unifie les marchés,
la globalisation unifie l’espace économique à l’échelle
de la planète. Si les barrières étaient parfois responsables
de quelques inefficacités, elles servaient aussi à protéger
les secteurs plus faibles. A mesure que les barrières commencent
à disparaître, la concurrence est exacerbée et devient
un enjeu en soi. C’est bien la concurrence qui a fait des Etats-Unis
une économie extrêmement productrice.
En même temps, la concurrence est un jeu et, comme tous les jeux,
elle a besoin de règles et d’arbitres. En effet, dénuée
de règles, la concurrence, au lieu d’apporter, comme on le
pensait, un effet positif, est en train de susciter l’angoisse.
On demande aux gens de renoncer à la stabilité de l’emploi
et à l’amélioration des salaires, en invoquant la
concurrence. Ce faisant on essaie de convaincre l’être humain
de renoncer à son besoin de sécurité alors que celui-ci,
avec le besoin d’affection, confère à l’être
humain sa condition. C’est ici, à mon sens, que réside
le conflit entre la globalisation et, plus que seulement les Droits de
l’Homme, la condition humaine.
Par ailleurs, la globalisation est souvent présentée comme
un phénomène économique récent. En fait, elle
a commencé vers la fin du XVème siècle avec l’expansion
de l’Europe à travers le capitalisme mercantile des voyages,
d’abord vers l’Amérique, puis vers l’Asie. Cette
période a connu des moments pénibles et cruels - on se rappelle
les oppressions, les génocides, la traite des esclaves - mais elle
a brisé définitivement l’isolement des différentes
branches de la civilisation. A l’origine de cette première
globalisation, il y avait un phénomène culturel. Les nouvelles
techniques de navigation, les innovations juridiques, les lettres de change,
les contrats d’assurance maritime ou encore la société
par actions, ont rendu possible l’évolution économique.
De même aujourd’hui, les innovations permettent de ne plus
restreindre la production à l’échelle nationale, mais
de l’élargir au niveau international. Pourtant, il faut garder
en mémoire que la globalisation n’est pas exclusivement l’unification
de l’espace pour la production, l’investissement, la finance
et le commerce, c’est surtout un élargissement de l’espace
pour l’action de l’Homme. La globalisation doit être
bénéfique à l’être humain et ne devrait
pas lui demander un sacrifice. En d’autres termes, l’économie
n’est pas un déterminisme : elle résulte de choix
politiques. Les citoyens doivent trouver un équilibre entre la
concurrence - nécessaire au maintien et à la croissance
économique - et la solidarité qui est une arme contre les
inégalités et le chômage. Concurrence et solidarité
s’opposent à un certain moment, ceci est très clair.
Il n’est pas vrai de dire que l’on est désemparé
face à ces problèmes. Même les problèmes les
plus sérieux comme les problèmes de la spéculation
en matière d’opérations de change ont des solutions.
En revanche, il faut une volonté politique de les examiner et de
les mettre en place. Ce qui implique que la société s’organise
et qu’elle influence son gouvernement.
Pour finir, je voudrais citer un texte de Michel Camdessus qui est un
gardien de l’orthodoxie. " Ne suffit-il pas de rappeler qu’à
trois occasions au moins durant les 10 dernières années,
l’économie mondiale s’est vue secouée par le
poids du surendettement, la fluctuation aberrante des taux de change et
les vagues spéculatives. Plus récemment, la crise mexicaine
de 95, la quatrième, a été un formidable révélateur
des risques financiers de la globalisation. Tout le monde reconnaît
qu’il faut maintenant faire quelque chose pour y porter remède.
"
David Hartridge, Directeur, Division des
services financiers de l’Organisation Mondiale du Commerce, Genève
La clôture, en 1993, des négociations d’Uruguay ont
apporté des éléments déterminants dans l’actualité
économique. La création du General Agreement on Trade of
Services (GATS) doit être considérée comme l’un
deux.
Partageant la philosophie que le GATT a propagé pendant les 50
dernières années pour le commerce des biens, le GATS vise
à favoriser la libéralisation du commerce, des services,
c’est-à-dire à permettre la globalisation de ce secteur.
En effet, lorsque l’on parle de globalisation économique,
on ne peut ignorer l’action du GATT.
L’intention de l’accord sur les services est de libéraliser
les marchés nationaux afin de permettre à des producteurs
étrangers performants de proposer leurs services. Implicitement,
il s’agit donc de favoriser les investissements. L’accord
prévoit la libéralisation de tous les services, bien que
la discussion qui nous occupe se préoccupe tout particulièrement
des services financiers. Il faut dire que ces derniers — avec les
télécommunications — constituent probablement une
part essentielle de toute économie moderne.
La conclusion de l’accord implique que près de 90 pays —
dont environ deux tiers de pays en développement — vont permettre
à des banques, des institutions financières et autres compagnies
d’assurances, de s’implanter sur leur territoire. La grande
surprise réside dans la part importante de la participation des
pays en développement.
Les débuts de l’Uruguay Round, dans les années 80,
avaient en effet montré la réticence des PED en la matière.
L’Ambassadeur indien avait expliqué la situation de son pays.
Si l’on ouvre le marché financier indien, les grandes banques
étrangères s’empareront des activités génératrices
de profit, essentiellement dans les grandes villes. Elles casseront ainsi
le réseau de solidarité imposé aux institutions indigènes
qui doivent être représentées dans les endroits reculés
de l’Inde.
Qu’est-ce qui a pu amener les PED à changer leur opinion
? Prendre part au GATS leur permet de rester dans la course en restant
crédibles auprès des investisseurs, et attirer ainsi des
fonds importants pour financer leur développement.
Christian Comeliau, Professeur, Institut
Universitaire d’Etudes du Développement (IUED), Genève
Pourquoi la globalisation fait-elle peur du point de vue des Droits de
l’Homme ? Peut-on la maîtriser d’une manière
ou d’une autre ?
Etant donné le torrent de littérature qui traite la globalisation,
il est très important de se donner quelques points de repère,
surtout lorsque l’on se rend compte de la limite de la logique financière.
L’un des points de repères très important a été
souligné par Monsieur Ricupero : l’économie découle
d’un choix social et non pas l’inverse.
Il faut aussi se rendre compte de la force gigantesque que constitue la
globalisation financière. En effet, comparés à la
production et au commerce mondial, les marchés monétaires
et financiers font preuve d’un dynamisme faramineux. Dans la mesure
où ces marchés sont un instrument essentiel de l’économie
de marché, la globalisation financière prend une influence
déterminante dans l’évolution de l’économie
mondiale. Pourtant, c’est une force aveugle, parce qu’elle
n’a pas d’autre logique que sa propre expansion et sa propre
accumulation. La globalisation financière devient un instrument
particulièrement adapté de la marchandisation. La sphère
financière se dissocie donc de plus en plus de l’économie
" réelle " et des besoins sociaux les plus urgents. Tout
naturellement, on en vient donc à parler du rapport entre la globalisation
financière et les Droits de l’Homme. La globalisation financière
n’est ni opposée ni favorable aux Droits de l’Homme.
Elle les ignore tout simplement, car sa logique est toute différente
: elle ne s’occupe pas d’une certaine conception de l’Homme,
de son destin ou de ses besoins.
La globalisation financière traduit un phénomène
de concentration de pouvoirs aux mains d’un certain nombre d’agents
économiques, financiers essentiellement, sans que ces agents soient
en même temps responsables aux niveaux politique et social.
Il est par conséquent hautement indispensable de canaliser cette
concentration de pouvoirs par un certain nombre de règles du jeu.
Il faudrait un cadre institutionnel plus précis qui définisse
la place des différents pouvoirs concernés par ce jeu. Actuellement,
ces règles sont imprécises et très insuffisantes.
Il faut définir nos relations économiques comme un choix
de société, et non pas comme le résultat d’un
mécanisme aveugle. Cela suppose qu’on se donne un certain
nombre de règles institutionnelles qui se substituent à
la sacralisation de la rentabilité financière. En fin de
compte, il s’agit d’un mécanisme essentiellement politique,
du produit d’un certain nombre de choix politiques qu’il faut
clarifier.
Cependant, comme il n’y a pas de choix politique dissocié
de la société dans laquelle on se trouve, il faut d’abord
rassembler une certaine base d’appui social et politique pour ce
type de choix afin de ne pas raisonner sur des abstractions, en marge
des évolutions concrètes de l’économie mondiale.
Patrice Meyer-Bisch, Coordinateur, Institut
Interdisciplinaire d’Ethique et des Droits de l’Homme de l’Université
de Fribourg, Fribourg
Dans le contexte auquel nous nous référons, la globalisation
doit être comprise comme un passage de l’international au
global. Les acteurs ont désormais la possibilité de se mettre
en réseau sans passer par des entités nationales.
La question de l’organisation cohérente de la responsabilité
des acteurs en Droits de l’Homme doit être abordée
dans un premier temps sous un aspect logique.
Dans notre institut, depuis 6 ans, nous avons constaté que les
milieux des Droits de l’Homme ont une idée extrêmement
simpliste de l’économie et des milieux économiques.
L’économie n’est qu’un mécanisme d’allocation
des ressources et on ne voit pas tout l’aspect investissement de
l’économie ou combien la mise en oeuvre d’un certain
nombre de droits est une condition fondamentale du développement,
ce que de nombreux textes mettent pourtant en valeur. Du côté
des milieux d’éthique économique, on cherche des normes
universelles et explicites et on a une idée également extrêmement
faible des Droits de l’Homme. Par conséquent, il est nécessaire
de s’interroger sur la responsabilité des acteurs économiques
en matière de Droits de l’Homme, mais aussi sur les logiques
économiques dont nous avons besoin concernant les droits spécifiquement
économiques et sociaux et enfin sur la dimension économique
de l’ensemble des Droits de l’Homme.
Par une étude parallèle en logique économique et
en logique sociale de l’objet de ces droits, nous pourrons établir
les seuils suffisants pour faire de tous ces droits des droits justiciables.Néanmoins,
le travail de logique est insuffisant, il doit être complété
par une analyse structurelle.
Les Etats sont souvent mis à mal, notamment dans les enceintes
internationales, car ils sont considérés comme responsables
en matière de Droits de l’Homme. Dans la réalité,
on peut accepter une telle proposition. En revanche, dans la mesure où
l’Etat est un Etat de droit, il convient strictement de la rejeter,
car les Etats sont faibles — à fortiori dans le domaine des
droits économiques et culturels. Bien entendu, il ne s’agit
pas de réduire le rôle des Etats. Les Droits de l’Homme
ont besoin d’Etats extrêmement forts.
Il s’agit de dire qui est responsable de quoi. En matière
des Droits de l’Homme beaucoup de progrès ont été
enregistrés au niveau de la prise de conscience de cette relation
de partenariat — par exemple en ce qui concerne le travail des enfants.
Dans le domaine des droits moins identifiables, le travail reste considérable
: il s’agit de mettre l’autorité elle-même en
réseau. Il s’agit de développer les normes de l’Organisation
Internationale du Travail (OIT) tout en respectant les échelles
des marchés et remettre à sa place le droit fondamental
pour les droits économiques : le droit à la formation (lui-même
étant un droit culturel).
Eléments du débat
Pour les peuples autochtones il est très important qu’il
y ait une démocratie dont la loi de la majorité ne soit
pas écrasante. Il est nécessaire d’englober la population
dans la globalisation. Quel est le rôle et l’avenir des peuples
autochtones ?
Rubens Ricupero : Une des causes à la crise des
grandes organisations internationales aujourd’hui réside
dans le fait qu’elles n’ont pas su intégrer dans leurs
débats des entités autres que les Etats, telles que les
entreprises. Cette remarque vaut particulièrement pour deux sujets
importants de notre XXème siècle : l’environnement
et les Droits de l’Homme. Il est aujourd’hui nécessaire
de les intégrer, mais il faut préalablement trouver un critère
de représentativité car ces entités sont trop nombreuses
pour participer toutes à la discussion. Il faut pouvoir leur donner
un droit de parler et surtout de délibérer.
Patrice Meyer-Bisch : On peut essayer de contourner le
problème de la représentativité en fabricant des
instruments à la fois de fond et de forme sur la définition
beaucoup plus précise des obligations en matière de ces
droits. Ces obligations vont être définies par le biais de
seuils minima immédiatement et juridiquement exigibles. Ceux qui
auront des solutions vont donc pouvoir le faire savoir quel que soit le
mode de représentation choisi.
Dans les années 80, les programmes d’ajustement strucutrel
en Amérique latine ont engendré des licenciements massifs,
surtout dans l’administration publique, mais aussi dans les entreprises
privées qui ne voulaient pas travailler avec l’Etat.
Quel est l’effet de la globalisation sur les pays les moins développés
ou émergents?
Christian Comeliau : Une entreprise privée, petite
ou grande, a une logique déterminée quand elle est dans
une structure de marché libérale et on ne peut pas le lui
reprocher, car c’est le seul jeu qu’elle puisse jouer pour
éviter d’être éliminée. Par contre, c’est
dans le cadre institutionnel que l’on retrouve la responsabilité
des pouvoirs publics. Sans cadre institutionnel, tout est permis. La libéralisation
rend donc le rôle des pouvoirs publics primordial.
Patrice Meyer-Bisch : Je ne ferais pas une aussi grande
distinction entre autorités publiques et entreprises, car ces dernières
ont un pouvoir de régulation dans un marché en situation
d’anarchie. Le travail législatif, aujourd’hui, doit
être un travail parallèle entre autorités publiques
et privées.
