Au-delà de l'euphorie technologique
Paul H. Dembinski
Secrétaire général de l'Observatoire de la Finance
Professeur à l'Université de Fribourg (Suisse)
Editorial de Finance & Technologie, Les Magazine de l'Agefi - Supplément au numéro 213, septembre 2002
L’enterrement sans tambour ni trompette de la nouvelle économie a mis une fin brutale à la e-fascination. Aujourd’hui que la loi de la gravité financière a repris ses droits, il est évident qu’internet n'a pas de vertus miraculeuses et qu’il faut plus que son invocation pour qu’un projet d’investissement passe la rampe d’accès au financement. Pendant les années euphoriques la question de la technologie a été trop souvent assimilé dans le secteur financier à la stratégie internet, comme si la toile était la seule dimension où les banques avaient à se soucier de leur choix technologiques. Là encore, le rappel à l’ordre a été radical. La technologie est redevenue ce qu’elle a toujours été, c’est-à-dire un ensemble de moyens permettant, à condition d’être bien utilisés, de réaliser de profonds changements et – pour certains – d’améliorer de manière significative leurs performances.
Après le 11 septembre, subitement les termes comme « Business
Continuity », « Disaster Recovery », c’est-à-dire
la sécurité des choix technologiques face aux nouveaux risques
ont pris une signification nouvelle. Du coup, pendant quelques mois, la
sécurité est remontée le temps de quelques mois en
tête des préoccupations stratégiques des banques.
Après les soubresauts à répétition, le moment
est venu pour faire le point avec une certaine sérénité
sur ce que les banques et les institutions financières peuvent
attendre de la technologie. Le présent numéro de «
Finance et Technologie » fruit de la collaboration entre l’Observatoire
de la Finance à Genève et l’AGEFI est l’instrument
d’une telle mise au point et d’un rappel de l’importance
de la dimension technique dans la finance contemporaine.
La technologie continue de battre le tempo des changements structurels
dans la finance et dans ses métiers. Cela est visible dans les
rapports entre les banques de détail et leurs clients. Les transactions
de détail évitent de plus en plus souvent les guichets pour
emprunter des vecteurs technologiques avec à la clé la redéfinition
des rapports entre le front et le back office. Les choix technologiques
et le poids des investissements s’y rapportant poussent à
la recherche de synergies et de nouveaux modèles d’affaires.
Le foisonnement de l’offre en matière de courtage en ligne
exprime la généralisation d’un modèle qui aujourd’hui
montre ses limites puisqu’il est tombé en quelques sortes
dans le domaine public. De nouveaux défis se dressent, ils consistent
à trouver le moyen le plus adéquat pour construire avec
le client une relation durable et à faire de la technologie le
gage de la confiance sans laquelle la finance n’a plus d’assise.
Le traitement de l’information, notamment des transactions, à
l’intérieur d’une même banque – parfois
aux sièges multiples et dispersés – est aussi un défi
à composante technologique. Toutefois, il ne saurait être
relevé sans que l’organisation interne et les dispositifs
de surveillance et de contrôle aient été revus et
sans que la primauté ne soit reconnue aux hommes et aux connaissances
dont ils sont porteurs. L’automatisation des procédures et
du suivi des transactions au sein de l’entreprise - voire tout au
long d’une chaîne de valeurs - offre des perspectives de gains
de productivité, mais aussi des risques si les hommes qui encadrent
et surveillent ces procédures sont vulnérables voire indélicats.
En prenant ce numéro de « Finance et Technologie »
entre les mains, le lecteur sera confronté à une pléiade
de situations et de stratégies où la dimension technologique
peut s’avérer importante ou même déterminante.
L’argumentaire est riche et bien structuré. Après
que la vague euphorique soit passée, est venu le temps d’une
réflexion plus posée. De nombreux éléments
nécessaires à une telle réflexion se trouvent dans
ces pages.
