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La lecture du rapport que le FMI consacre tous les 6 mois à la stabilité financière ne manque pas d’étonner. L’institution qui vient de tenir la semaine dernière son assemblée de printemps présente son analyse de la (in)stabilité financière du monde tout en nuances, hypothèses et scénarios. C’est dire qu’elle est très prudente dans ses affirmations. Il n’en demeure pas moins que d’entrée de jeu le FMI affirme qu’en dépit de l’amélioration des perspectives économiques dans les pays avancés, la stabilité financière du monde se trouve confrontée à de nouveaux défis.

Dans son analyse d’ensemble, le FMI s’attache à envisager diverses modalités que les banques centrales pourraient utiliser pour ramener  leurs politiques monétaires à la normalité, c’est-à-dire à ce qu’elles étaient avant la crise.  Quelle que soit cette modalité, elle devrait entraîner une remontée des taux dits « hors risque » et donc à rendre « l’argent plus cher ».  C’est bien ce dont le monde a besoin pour éviter la déflation couplée avec une récession.  Toutefois, le FMI le dit à plusieurs reprises, les banques centrales jouent ici avec le feu. En effet, si d’aventure les marchés se mettent à anticiper de manière trop abrupte une telle normalisation, les prix des actifs financiers existants pourrait subir un choc dont les conséquences sont difficiles à prévoir et potentiellement très graves.

Selon le FMI, une augmentation des taux directeurs  d’un point de pourcentage (100 points de base) pourrait faire trembler les bilans d’une part importante des acteurs financiers. En clair cela signifie, qu’une  augmentation des taux – somme toute légère – pourrait déclencher à la fois une correction boursière et un plongeon des obligations émises à des taux bas. Il en résulterait une baisse substantielle de la valeur des actifs financiers et donc un appauvrissement comptable de leurs propriétaires. Or, en vertu des règles comptables en vigueur – le fameux « mark to market », ces pertes devraient être immédiatement répercutées  sur les bilans correspondants. Ainsi, une part  importante, bien qu’impossible à anticiper, des fonds d’investissement, d’assureurs et de fonds de pension devraient faire face à des pertes dépassant leurs réserves. Ils se trouveraient ainsi en situation de faillite avec  les effets de dominos à la clé. Le problème deviendrait donc systémique et la situation d’arrivée  pourrait s’avérer pire que celle de départ.

Pour étayer cette analyse le FMI rappelle que les bilans des institutions financière restent très fragiles et que la période de l’argent bon marché n’a pas été utilisée pour les restructurer et les affermir. Le matériau étant inflammable,  la moindre étincelle du côté des banques centrales pourrait provoquer l’embrasement.

Que dire au terme d’une telle analyse ? A l’évidence  l’économie mondiale a atteint un niveau d’interdépendance tel, que les acteurs – même les plus puissants – ont perdu toute marge de manœuvre. Le risque systémique continue à planer, puisque tout mouvement un peu brusque est susceptible de provoquer la catastrophe. Or, à l’instar d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, un mouvement est, par ailleurs, inévitable puisque la persistance des taux négatifs risque – elle aussi – de plonger le monde dans une récession durable.  Entre les deux maux – accélérer la restructuration des bilans ou augmenter les taux – notre éléphant de banque centrale ne sait que faire. Par défaut l’immobilisme semble pour l’instant être de mise. Mais pour préparer l’avenir, peut-être serait-ce le moment, de repenser le bien-fondé du principe de la comptabilisation à la valeur de marché ? Ce pourrait être un moyen pour desserrer un peu l’étau des interdépendances et donner un peu de mou aux acteurs financiers aux bilans fragiles, dont parallèlement il faudrait augmenter la surveillance.