5th International Meeting on
Ethics, Finance & Responsibility
29th and 30th September 2006, Geneva
Summary of speeches and debates
Entreprise : entre instrument et communauté / Enterprise : between Instrument and Community
Dominique Flaux rappelle que les entreprises étaient enracinées dans leur territoire. Au XXe siècle, les travailleurs ont voulu s’internationaliser mais le capital s’est internationalisé plus vite. Les entrepreneurs se sont affranchis des travailleurs. L’entreprise était une communauté, elle est devenue un instrument.
Brigitte Monsou introduces the World Business Council for Sustainable Development, as a coalition of 190 leading companies. There is a regional network with 56 bureaus in the world. What is the role of business? Not only creating wealth. The major contribution to society is through core business. The evolving role of governments: there is a UN commission on reinventing government. There also is a trend to regional agreements and coalitions. NGOs start to request accountability from governments. New partnerships and integrated approaches are emerging. There is a growing debate on the role of business in society, fueled by major societal changes. The leading companies of tomorrow will be those which integrate such changes. Ethics within organizations : there is a trend of internal ‘Business conducts and ethics’ codes or business principles. 9 out of 10 of the fortune 500 companies have an explicit set of human rights policies. There is the example of Unilever where I worked 12 years: the company has a business partner code which implies among other things compliance with the laws. The same code includes provisions against forced labor, child labor and bribery. Ethics refers to evolution within society at large : there is an on going discussion over obesity but Unilever has long had a code of marketing principles. The same applies to Danone in the context of the mad cow disease : the company has at an early stage taken the decision to move to infant baby food without any risky component. Thus, there are a lot of codes, standards and framework with which multinational companies voluntarily comply. There is an increase in responsibility and reporting. Companies have realized that they can create added value increasing transparency and ethics into their business.
Jean-Michel Bonvin se réfère à une étude sur six entreprises suisses. Elle s’insère dans un projet européen qui a porté sur 55 entreprises. On a pris la question du point de vue des travailleurs. Ceux-ci se sentent-ils faire partie de l’entreprise ? Le travailleur accepte la subordination et a accès à la sécurité matérielle et de l’emploi. Dans cette situation classique, l’échange était équitable, ancré dans une relation d’emploi stable. Maintenant, la relation d’emploi devient une transaction d’emploi. On demande une implication beaucoup plus forte qui peut aller dans le sens d’une plus grande subordination, avec des objectifs irréalistes. Par exemple, on assiste à une intensification du travail. La demande de flexibilité est très forte. Dans certains secteurs, on licencie plus facilement. La relation d’emploi devient plus précaire et la sécurité doit se baser sur autre chose, par exemple l’employabilité. Pour le salarié, cela veut dire avoir des compétences transférables. La notion de sécurité change complètement : on est dans un contexte de transaction d’emploi. Que signifie être un travailleur responsable : il doit être capable, libre et autonome. Le nouveau contrat de travail devrait articuler ces trois composantes. En Suisse, on distingue actuellement trois situations type: celle qui privilégie la sécurité de l’emploi au prix de sa qualité ce qui signifie notamment la flexibilité en termes d’horaires. D’autres entreprises choisissent de préserver la qualité au détriment de la sécurité, par exemple dans la métallurgie. Dans la troisième situation, on essaie de développer l’employabilité pour donner au travailleur des compétences transférables.
Patrick de Varax rappelle qu’il a travaillé 17 ans pour de grandes entreprises du secteur agro-alimentaire, notamment Danone. Il a eu deux vies. A Rome, il a fait un travail sur les grandes entreprises du monde. On assiste à une accélération de la transformation des entreprise, un changement de nature des entreprises les plus avancées qui deviennent des systèmes. Les 800 entreprises transnationales contrôlent les deux tiers de tous les capitaux et représentent 11% du PIB mondial, comme les 144 pays les plus pauvres de la planète. Ceux-ci n’attirent que 6% des capitaux. On ne peut plus contrôler ce système. Deux départements sur trois sont contrôlés par ces entreprises. Elles diffèrent des entreprises classiques car elles ont changé de finalité : elle ont pour première finalité de valoriser l’action. Elles sont au-dessus des métiers qui deviennent des instruments. Ces sociétés échappent aux dirigeants qui n’en gouvernent plus les finalités. Les chercheurs sont ceux qui achètent et revendent les actions. Les entreprises n’ont plus de frontières fixes. On ne maîtrise plus le système mais on peut agir dessus car il est dépendant moins des actionnaires que des consommateurs. Ceux-ci entrent dans le jeu des cartes d’achat. Le point de fracture est atteint le jour où le pouvoir politique n’a plus de prise sur les multinationales. C’est déjà le cas, sauf aux Etats-Unis où la confrontation Etat-entreprises se fait encore d’égal à égal. Les autres pays doivent être attractifs pour les entreprises et cela change la donne de la politique.
Hugues Puel parle de la société à gestion partagée. L’objectif est la promotion de l’économie au service de l’Homme. L’idée d’une société à gestion paritaire est venue de Bretagne, sur la base d’un numéro de la revue « Panoramique » sur la démocratie dans l’entreprise. Elle résulte d’une conjonction entre des gaullistes de gauche, des gens de la CFDT et le centre des jeunes dirigeants d’entreprise. La relation entre l’économie et l’emploi est déshumanisée. Peut-on créer une nouvelle forme de société ? L’idée a été envisagée la réflexion s’est plutôt orientée vers la création d’un label. Il s’agirait d’un label public. Mais le contexte politique en France n’est pas très favorable à ce type de proposition. En 1945, Georges Ripert a écrit ses « Aspects juridiques du capitalisme moderne ». Il part de la distinction entre la société capitaliste et l’entreprise. La logique finale du capitalisme provoque des transformations du droit. Le droit civil ne reconnaît pas l’entreprise mais le propriétaire. Le droit fait la distinction entre la disposition des capitaux et leur propriété juridique. Dans ce contexte, il n’y a pas de droit de l’entreprise ni de démocratie des actionnaires, car ceux-ci ont un droit contre la société, non dans la société. Cette distinction entre l’entreprise et la société est insuffisamment étudiée : peut-on en faire un critère de discernement économique ?
Un intervenant pose une question au Père de Varax. La richesse des riches est-elle la cause de la pauvreté des pauvres ?
Patrick de Varax précise que l’entreprise n’en est pas détentrice des capitaux qu’elle attire. C’est une notion de puissance d’agir. Le système concentre ce pouvoir dans les mêmes mains. Les 80 premières sociétés mondiales contrôlent un tiers des capitaux de la planète. Ce n’est plus une question de richesse. Ce n’est pas la propriété qui compte, c’est l’usage qu’on en fait.
Un intervenant rappelle que la bourse donne la possibilité d’attirer du capital emprunté. Le levier, d’où vient-il ? Il vient de ce qu’on exploite les actifs au profit des retraités. Les fonds de pensions doivent faire monter les cours des actions pour équilibrer leurs comptes, d’où phénomène d’inflation boursière.
Anthony Travis relève que les gouvernements encouragent les gains en capitaux car ils sont moins taxés. Et ce n’est pas les multinationales qui décident des règles fiscales.
Un intervenant souligne qu’il y a des hommes qui prennent les décisions. Les fonds de pensions sont conscients du rapport entre rentabilité et risque. Ce sont les dirigeants d’entreprises qui exigent une rentabilité élevée en fonction de leurs intérêts personnels. Par exemple un rendement des fonds propres de 12%. Ce n’est pas un système désincarné.
Bernard Koechlin rappelle que si une entreprise veut gagner de l’argent, elle doit se concentrer sur certains produits. Bien traiter les employés est l’une des conditions essentielles du succès d’une entreprise.
Jean-Loup Dherse veut revenir à la distinction entre relation et transaction. La tendance à favoriser la transaction va vers le court terme. N’est-il pas de la responsabilité du chef d’entreprise de créer des relations à l’extérieur de l’entreprise pour compenser ce mouvement de transformation trop rapide.
Hugues Puel évoque la responsabilité des consommateurs. L’acte de dépenser devrait intégrer la prise en compte des conditions de production du produit.
Un intervenant se demande comment les actes éthiques peuvent permettre de responsabiliser le consommateur.
Brigitte Monsou se réfère à l’existence de lignes directrices. Ne pas montrer une publicité avec trop de snacks, par exemple.
Un intervenant pose la question du rôle du christianisme.
Brigitte Monsou admet que les
grandes multinationales ont un fondement chrétien et que c’est
leur difficulté de travailler par exemple dans un pays comme l’Inde
où certaines règles ne correspondent pas à l’éthique
chrétienne.
Mohammad Farrokh
