6th International Meeting on
Ethics, Finance & Responsibility
14th and 15th September 2007, at the Château de Bossey, Geneva
Sessions' and debates' review
(in French only)
vendredi 14 septembre 2007
La culture d’entreprise. Diagnostic et propositions
Le thème de la gouvernance d’entreprise doit être replacé dans son contexte : les plus grandes sociétés de la planète dont les chiffres d’affaires cumulés représentent les PIB des 144 pays les plus pauvres emploient 30 millions de personnes qui dégagent une productivité sans commune mesure avec celle des PME. Paul Dembinski souligne ce manque de productivité, avant de le replacer dans le contexte non seulement de la confrontation entre le capital et le travail, mais aussi entre culture d’entreprise proclamée et culture vécue. A ce niveau également, les écarts sont impressionnants, au point que les entreprises préfèrent souvent les ignorer, pour éviter d’ouvrir une Boîte de Pandore qu’elles ne pourraient refermer.
Pour sa part, René Rupert évoque un autre écart caractéristique de la culture d’entreprise, entre la réalité perçue et les aspirations. « Si les aspirations sont plus élevées que les perceptions, certains quittent l’entreprise, alors que d’autres réduisent leur niveau d’aspirations pour se satisfaire de la réalité. »
Un autre éclairage est donné par Bart van den Bergh qui envisage les moyens de susciter un changement dans la culture d’une entreprise. Les deux approches possibles sont d’une part l’apport extérieur de connaissances (AEC) et, d’autre part, le changement des comportements à l’interne (CCI). L’AEC pose un objectif, la culture d’entreprise désirable, et définit un plan d’action pour y parvenir. Le CCI cherche à définir la culture d’entreprise existante et à influencer les comportements sur la base de modèles de rôles.
Fabien de Geuser aborde, lui, la question de la culture d’entreprise du point de vue du comportement des dirigeants. Il s’agit de contrôler le comportement de ceux-ci pour induire un changement d’attitude dans le personnel, de façon à promouvoir des comportements socialement acceptables.
La discussion qui s’engage ensuite permet de revenir sur certains points. René Rupert relève par exemple que l’échec relatif de la réunification sur le plan économique s’explique par des aspirations différentes entre la RFA et l’ex-RDA. La discussion fait aussi apparaître le clivage entre une conception négative de la responsabilité et une conception positive, basée sur une réflexion éthique véritable. Pour Paul Dembinski, l’éthique exige une implication personnelle à tous les niveaux de l’entreprise, pas seulement le respect du règlement.
vendredi 14 septembre 2007
Comment intégrer l’éthique dans l’enseignement de l’économie et du management ?
« Avons-nous la pensée de l’économie qui correspond au monde qui se fait ? » Bernard Carrère lance le sujet avec cette question fondamentale, avant d’estimer que l’harmonie spontanée postulée par le dogme utilitariste n’est plus d’actualité. Analyser les asymétries d’intérêts et les rapports de force, telles sont les tâches éthiques qui attendent l’enseignement de l’économie. Pour sa part, Alain-Charles Martinet souligne que la réflexion éthique ne peut être tenue en marge des sciences du management. Or, cette discipline a toutes les apparences de la science, sans en avoir les capacités critiques. « Mais une science morale et politique ne peut fonctionner selon les critères de la mécanique rationnelle. »
Fred Seidel part d’un paradoxe : « on accepte l’idée d’un guide pour gérer l’économie, mais on s’accommode du manque de conviction éthique dans la gestion des affaires ». Ce décalage se retrouve au niveau des entreprises où la multiplication des déclarations et des codes de conduite cache mal une autre réalité. Faut-il vraiment s’étonner de ce qu’Enron ait pris la décision de décharger son directeur financier de l’obligation d’appliquer son propre code d’éthique ? D’une manière générale, l’éthique mise en place dans les grandes sociétés américaines à partir des scandales des années 1980 est muselée par la raison économique classique. Se conformer aux règles du marché serait aussi se conformer à un ordre naturel. Dans une telle perspective, il suffirait de lutter contre les infractions aux règles du marché, par exemple la corruption, comme le fait la Banque Mondiale, pour satisfaire aux exigences de l’éthique des affaires.
Quant à Christian Walter, il rappelle que la capacité des marchés à représenter un outil efficace pour le fonctionnement normal d’une économie d’échanges est déjà l’objet de la réflexion théorique des économistes depuis longtemps. Or, une convergence se dessine entre la discussion de l’efficacité des marchés et les interrogations éthiques sur l’amoralité (ou l’immoralité) de la sphère financière.
samedi 15 septembre 2007
In memoriam Emilio Fontela. Economie et bien commun
Otto Hieronymi évoque la carrière d’Emilio Fontela : « il était un économiste. Mais le terme qui lui convient le mieux est celui de chercheur. Il était l’un des vrais grands chercheurs de notre temps ». Emilio Fontela joua un rôle significatif dans la croissance de l’Institut Battelle de Genève et ces années furent décisives pour toute sa carrière.
Pour sa part, Ricardo Petrella évoque sa « grande capacité d’étonnement et d’émerveillement », avant de se souvenir des mots prononcés par Emilio Fontela lors d’une conversation privée. « Il faut désarmer la finance », avait-il dit. « Cela donne le sens de son analyse de l’économie. »
Fernando Fernandez Mendez de Andès évoqua ensuite le souvenir laissé par Emilio Fontela en Espagne où il était revenu dès le début des années 1980. « Il travaillait avec trois universités, était membre de 20 associations professionnelles internationales. » A la tête d’un groupe de prospective sur l’économie espagnole, ses scénarios restent d’actualité, notamment dans le domaine de l’énergie. En mars 2007 encore, il participait au sommet euroméditerranéen au Maroc. Autre intervenant espagnol, Antonio Saenz de Miera se concentre sur la dimension humaine de Fontela. « Avec lui, les conversations commençaient toujours en français », se souvient-il, avant d’évoquer le « capital moral et sentimental » laissé par le professeur d’économétrie.
C’est précisément pour rappeler le rôle joué par Emilio Fontela au département d’économétrie de l’Université de Genève que Fabrizio Carlevaro devait ensuite prendre la parole, et distinguer trois étapes dans sa carrière genevoise. La première couvre ses années de formation, marquées par sa licence en sciences économiques (1959) et sa thèse de 1962 consacrée au développement économique de l’Espagne, avec Jacques L’Huillier. En 1960 déjà, Fontela entrait à l’Institut Battelle où il faisait preuve de ses talents en matière de modélisation et de prospective. De 1966 à 1973, il dirigeait le département d’économie appliquée de Battelle. Parallèlement, il commençait son enseignement à l’Université de Genève, initialement en tant que professeur associé, où sa première assistante, dans les années 1970 à 1973, devait être Ruth Dreifuss, la future conseillère fédérale. Nommé professeur extraordinaire en 1974, il prenait en charge la direction du département d’économétrie de 1977 à 1983, à la suite de la mort de son fondateur, Luigi Solari. Son départ en Espagne ne l’empêchait pas de conserver des relations intenses avec Genève et, après sa retraite en 2000, il acceptait d’enseigner en Bolivie où Fabrizio Carlevaro avait contribué à mettre en place un enseignement d’économie quantitative.
samedi 15 septembre 2007
Le private equity peut-il être socialement responsable ?
François-Marie Monnet inaugure cette séance de clôture avec son expérience de la gestion d’actifs et de la place que le private equity peut occuper dans ce cadre. Le problème qui se pose est celui de l’évaluation d’une catégorie d’actifs non traités sur un marché.
Pour sa part, Pierre Müller évoque le cas de la vallée de l’Arve, avec sa concentration d’entreprises, 1450 sur une trentaine de kilomètres il y a quinze ans, encore 650 à l’heure actuelle. Dans ce contexte, le private equity a pu jouer un rôle positif pour permettre des transmissions d’entreprises. Toutefois, les entreprises ont été fortement mises sous pression pour rémunérer les apporteurs de capitaux, entraînant des rationalisations et de nombreuses réductions d’emplois.
Anthony Travis se montre également critique
à l’égard du private equity qui présente beaucoup
de possibilités d’abus. Il relève également
le statut ambigu d’une forme de placement à la limite entre
le placement privé et le domaine public. Il observe également
que, pour nombre d’investisseurs, la question essentielle est celle
de savoir s’il y a un impôt à payer, auquel cas rien
ne se fait.
Mohammad Farrokh
