A la fin de 2014, le couplage du marché de Hong Kong avec celui de Shanghai a ouvert aux investisseurs étrangers l’accès aux titres jusque-là réservés aux seuls Chinois. Dans un contexte par ailleurs morose, les capitaux du monde entier se sont donné rendez-vous à Shanghai: entre novembre 2014 et juin 2015, l’indice Shanghai Composite a gagné près de 100%.

Les indices de Hong Kong ont suivi plus tard avec des gains de l’ordre de 50% entre janvier et juin. Au début de l’été, la mécanique s’enraye; les indices glissent inexorablement – ils ont perdu plus de 10% depuis le début de l’année. Pire, le minikrach chinois a contribué à inverser la tendance sur les places boursières qui hoquettent depuis l’été.

Pour relancer la machine, les autorités chinoises ont voulu prouver que la dégringolade avait eu lieu sans raison. Dans le pays où la défense des cours boursiers nationaux relève du devoir patriotique, il leur a été facile d’épingler le fauteur de troubles. A la fin d’août, l’infamie s’est ainsi abattue sur un obscur journaliste.

Triomphantes, les autorités font état de la «confession» du fautif, qui avoue à en croire la retranscription qu’en a faite l’AFP que ses (fausses) informations ont «provoqué la panique et la dégringolade des marchés». Wang Xiaolu aurait, selon ses détracteurs, renversé les tendances et retranché d’un coup de plume des centaines de milliards aux valorisations boursières du monde.

Ce qui est frappant, c’est le peu d’écho qu’a eu cette affaire. Elle lève le voile sur la manière dont le pouvoir chinois entend contrôler l’information financière. Or, les investisseurs internationaux ne semblent pas s’en inquiéter. Les capitaux n’ont pas déserté les places boursières chinoises. Pourtant, c’est grâce à l’information libre que le marché ne se transforme pas en un gigantesque jeu de l’avion. Qu’on se le dise.

 

Paru dans la Tribune de Genève le 08 septembre 2015