Le
thème du mois / Topic of the month
Lectures
recommandées / Suggested readings
Evénements
/ Events
A
venir / Forthcoming
Observatoire
de la Finance

Le
thème du mois / Topic of the month
Quand Aristote contemple Enron
Au moment où le flamboyant Kenneth Lay
se trouve devant le tribunal avec, à la clé, un
acte d’accusation « pesant » au total 175 ans
de prison, il est permis de se demander que reste-t-il aujourd’hui,
moins de trois ans après, du scandale « Enron ».
A n’en pas douter, le « cas Enron », comme on
l’appelle pudiquement, n’a pas encore fini de graver
son empreinte. Pourtant, il y a déjà un certain
nombre de souvenirs : d’abord celui des 50 milliards de
dollars de capitalisation boursière du géant américain
envolés en fumée, le souvenir de « l’empire
Andersen » - dégât collatéral - évanoui
avant même que les faits qui lui sont reprochés ne
soient avérés, la nostalgie de l’euphorie
boursière qui, en quinze ans, s’était progressivement
emparée de l’Amérique et, un peu plus tard,
du monde entier pour s’essouffler à la fin 2001.
En plus des souvenirs, il y a les retombées directes :
d’abord la vigilance accrue des opérateurs échaudés
par Enron, qui a contribué à alimenter la série
des scandales qui s’allonge quotidiennement depuis, et les
nouvelles régulations et lois dont le Sarbanes-Oxley Act
est l’exemple le plus connu mais pas le seul.
Au cœur de cet inventaire d’héritage, caché
parmi les autres éléments, est enfoui le véritable
joyau de l’affaire, celui qui hantera les esprits très
longtemps encore. Il s’agit, en dernière analyse,
des questionnements sur le pourquoi, le comment et sur les responsabilités
directes et indirectes de l’affaire Enron. Le problème
du pourquoi ne s'épuise pas avec la causalité mécanique,
technique pourrait-on dire, de l'effondrement; même si les
tribunaux mettront des années, la vérité
mécanique finira par être établie. La causalité
technique, qui recouvre les mécanismes - technique, juridique,
comptable, etc. - qui ont abouti au scandale est celle qui retient
le plus l’attention des médias, mais aussi des tribunaux
et des experts juridiques et comptables qu’ils ont mandatés.
La lecture technique amalgame en fait les éléments
appartenant à différents niveaux de la réalité.
Par contraste, la grille de lecture multicausale d'Aristote, permet
de distinguer quatre plans : la cause efficiente, matérielle,
formelle et finale.
La causalité efficiente concerne les acteurs de ce drame
: les dirigeants d’Enron, les actionnaires, les auditeurs
d’Andersen, mais aussi toute la gamme des stakeholders.
Aucun d’entre eux n’a une vision d’ensemble
et chacun agit dans le cadre d’une rationalité limitée
et partielle. C’est la raison pour laquelle cette causalité
atteint un degré de complexité très élevé
dans le cas d’Enron, tant il est difficile de désigner
un coupable et de démêler l’écheveau
des responsabilités.
La causalité matérielle, quant à elle, se
réfère à la matière première
pétrie et malaxée pour donner naissance au cas qui
nous occupe. Il s’agit en clair de l'économie de
marché moderne. Certains commentateurs des « affaires
» se placent avec prédilection dans ce registre qui
permet d’évacuer la question des responsabilités
spécifiques (c’est-à-dire de la causalité
efficiente) en soulignant l’impact du climat général
des affaires. Selon cette argumentation le « cas Enron »
n'est qu'un cas d'espèce qui n'a rien de particulier en
soi mis à part son écho médiatique. Des situations
fondamentalement analogues existeraient par milliers au sein de
l'économie moderne et il est donc injuste de livrer les
seuls responsables de l’affaire Enron à la vindicte
publique tandis que le système dans son ensemble est corrodé.
La cause formelle s’inscrit dans un rapport plus direct
avec la situation d’Enron puisqu’elle cherche à
mettre en évidence la forme spécifique donnée
à l’économie capitaliste dans le cas d’espèce.
L’attention se porte alors sur l’entreprise en tant
que forme d’organisation, sur sa logique et sa rationalité
ainsi que sur les régulations qui s’imposent à
elle. A force de creuser cette dimension du problème, on
voit la cause de l'effondrement d’Enron dans son fonctionnement,
dans ses procédures (ou leur absence), dans ses structures
de gouvernance et ses rapports avec son environnement économique
immédiat.
La recherche de la cause finale, pose la question du télos,
c'est-à-dire de la finalité des principaux protagonistes,
à savoir les dirigeants d'Enron et les auditeurs. La quête
conduira alors à analyser les mobiles profonds, les systèmes
et hiérarchies de valeurs des protagonistes, aujourd'hui
en grande majorité devant les tribunaux. On cherchera alors
à saisir le profil psychologique des personnages en place,
leurs aspirations profondes.
La grille de lecture suggérée par Aristote permet
de saisir la complexité d’une situation où
agissent et se croisent des rationalités diverses et où
les boucles de rétroaction remplacent les causalités
linéaires et mécaniques. La revue « Finance
& the Common Good / Bien Commun » (www.obsfin.ch) a
consacré un double numéro (printemps-été
2004) à la lecture éthique du cas Enron. La vingtaine
de contributions montre à loisir que le cas Enron est un
extraordinaire écheveau où s'entrechoquent des niveaux
de réalité très différents dont certains
sont strictement contingents au « cas » alors que
d'autres le dépassent très largement. Il n’est
par conséquent pas étonnant que, selon l’angle,
il y ait des divergences d’analyse - qui ne sont pas nécessairement
des contradictions - quant à l’identification des
causes et responsabilités et aux propositions de mesures
correctives.
Le cas Enron est un contre-exemple à tous ceux qui, par
simplisme ou faute d’une réflexion plus approfondie,
alignent en matière d’éthique des recettes
du type « il n’a qu’à » et «
il faut que ». En effet, en matière d’éthique
il n’y a jamais de solution simple, ni de solution unique,
n’en déplaise à tous ceux qui voudraient instrumentaliser
l’éthique au sein des entreprises en la mettant au
service exclusif de ses objectifs stratégiques. Le cas
Enron est à cet égard instructif et devrait faire
l’objet de discussions au sein des entreprises de manière
à les aider à faire émerger le champ de l’éthique,
donc celui de la liberté des acteurs.
.
Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire de la Finance
top

Lectures
recommandées / Suggested readings
Enron
and the World of Finance: A Case Study in Ethics
- Finance & the Common Good / Bien Commun, no18/19,
Printemps-Eté / Spring-Summer 2004
En consacrant un numéro entier à
Enron, la revue Finance & the Common Good / Bien Commun
veut offrir au lecteur - qu’il soit observateur, régulateur,
enseignant ou étudiant - une moisson d’analyses
et de contributions qui conjugue des regards et des compétences
variés sur une même réalité.
In dedicating this issue entirely to Enron,
Finance & the Common Good/Bien Commun wishes to
offer the readership - whether observers, regulators, teachers
or students - a wealth of analyses and contributions which focus
a wide variety of opinions and skills on one and the same reality.
top

Evénments
/ Events
30.09-02.10 2004
Troisième
Rencontre International
Ethique, Finance & Responsabilité
Third
International Meeting
Ethics, Finance & Responsibility
Une rencontre pour discuter et analyser certains
domaines et dimensions de l’activité financière
où se pose - ou bien pourrait se poser - la question du
rapport entre la finance et l’éthique.
A meeting to discuss and analyse different aspects
of financial activity areas where the relationship between ethics
and finance could be problematic.
top

A
venir / Forthcoming
Finance
& the Common Good / Bien Commun, no20
Le prochain numéro de notre revue sera
consacré à la problématique du Microcrédit.
The next issue of our review will deal with
the topic of Microcredit.
top

Observatoire
de la Finance
Devenez
membre de l'Observatoire de la Finance et aider à diminuer
la distance entre le côté technique de la finance
et sa dimension éthique. /
Become
a member of the Observatoire de la Finance and help us to
close the gap between the technical and the ethical faces of finance.
Pour
en savoir plus sur notre fondation / To know more about us: www.obsfin.ch
Observatoire de la Finance
32, rue de l'Athénée
1206 Genève - Suisse
+41 (0)22 346 30 35
+41 (0)22 789 14 60
office@obsfin.ch
www.obsfin.ch
