Le
thème du mois / Topic of the month
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venir / Forthcoming
Observatoire
de la Finance

Le
thème du mois / Topic of the month
L'entreprise anorexique
: beaux muscles mais souffle court
Les formes juridiques d’entreprise les
plus répandues aujourd’hui se sont généralisées
au XIXe siècle, qu’il s’agisse de la société
de capitaux, de la société de personnes et finalement
de la coopérative. Elles reflètent les compromis
systémiques qui ont pu être réalisés
à l’époque et qui ont été validés
depuis à intervalles réguliers.
Les interactions économiques du début du XXIe siècle
sont non seulement très différentes par leur contenu
et leurs modalités, de celles prévalant il y a 150
ans, mais en plus, elles se déroulent dans un contexte
politique et social propre à notre époque. Autant
de raisons qui incitent à revisiter les fondements de la
société de capitaux pour s’interroger si les
équilibres sous-jacents à cette forme, dominante
aujourd’hui, sont toujours en place ou si des formes nouvelles,
mieux adaptées aux défis de notre époque,
se profilent à l’horizon.
Edith Penrose a publié voici près d’un demi-siècle
(1959) The Theory of the Growth of the Firm, ouvrage
longtemps resté dans l’ombre, redécouvert
seulement récemment et réédité en
1995. En cherchant à identifier les moteurs de la croissance,
Penrose se penche sur l’entreprise telle qu’elle était
à l’époque. Ce regard mérite d’être
rappelé puisqu’il invite, a contrario, à
une lecture critique de notre réalité. Trois constats
s’imposent. Le premier concerne la motivation des managers
et leur rôle au sein de l’entreprise, celle-ci apparaissant
comme un « pacte durable » entre des managers fidèles,
qui s’identifient avec « leur » entreprise et
qui cherchent à accroître leur importance, leur pouvoir
et leur rémunération par la croissance de la taille
de l’entreprise. Le deuxième constat est étroitement
lié au premier et concerne les ressources temporairement
oisives au sein de l’entreprise. En effet, selon Penrose
il y a, à tout moment, dans chaque entreprise, des capacités
entrepreneuriales qui ne sont pas totalement absorbées
par l’opérationnel quotidien. A temps perdu, elles
sondent, imaginent, envisagent, expérimentent de nouvelles
activités, de nouveaux marchés ou produits et préparent
ainsi, sans le savoir, ce qui sera demain le chemin de la croissance
de l’entreprise. Finalement, le troisième constat
concerne ce qui paraît à Penrose représenter
une limite quasi naturelle, à savoir la capacité
d’assimilation de nouveaux membres par l’équipe
managériale. En effet, affirme-t-elle, un groupe de personnes
rodées à travailler ensemble, habituées à
se faire confiance, au fait des qualités et des défauts
respectifs de chacun de ses membres, ne peut s’élargir
du jour au lendemain au-delà d’une certaine limite
sans perdre de sa compétence et de son efficacité.
L’entreprise que l’on entrevoit au travers des propos
de Penrose puise, en dernière analyse, sa dynamique de
croissance à l’intérieur, dans la compétence
de ses collaborateurs, mais aussi dans leurs qualités personnelles
et morales qu’ils mettent librement au service de l’entreprise.
En conséquence, cette dernière est avant tout une
« communauté de travail » articulée
autour d’un projet commun.
En un demi-siècle, l’image typique de la grande entreprise
a changé au point où aucun des traits considérés
comme évidents il y a cinquante ans ne l’est plus
aujourd’hui : les équipes managériales sont
rarement soudées et porteuses d’un véritable
projet à moyen terme pour elles et pour l’entreprise
; les rapports de service sont de plus en plus courts et souvent
imprégnés de méfiance, d’instrumentalisme,
voire de cynisme, alors que les rotations de postes et d’activités
sont devenues le pain quotidien dans les grands groupes. Finalement,
comprimées par les réductions de coûts, rares
sont les entreprises qui entretiennent consciemment le volant
de capacités entrepreneuriales oisives, pourtant nécessaire
à la croissance. Elles préfèrent les louer
ou les acheter en cas de besoin. En un mot, la croissance des
entreprises n’a plus aujourd’hui les mêmes ressorts
que ceux décrits par Penrose, et elle se fait avant tout
par le recours à l’extérieur, par l’acquisition,
le rachat ou la recombinaison de ressources ou d’activités.
Ainsi, la stratégie de croissance est de moins en moins
de la compétence de l’entreprise elle-même,
pour devenir la prérogative des actionnaires qui s’expriment
souvent par la voie des « gardiens de troupeau » que
sont les banques d’investissement, les consultants aux dents
longues et autres agences d’appréciation des performances.
La préoccupation de croissance a été «
externalisée », comme en témoigne le fait
que les moyens correspondants ont été transférés
à l’actionnaire, en même temps que le fruit
d’économies réalisées en limant les
coûts à l’extrême. En conséquence,
l’entreprise est devenue anorexique, elle a cessé
- ou bien a-t-elle été privée à dessein
de cette capacité - d’être une communauté
capable d’un projet commun, pour devenir le lieu de plus
en plus imprégné de méfiance où sont
réalisés les objectifs assignés par des actionnaires
absents et abstraits. Cette entreprise-là serait-elle sur
une trajectoire vers la décadence ? Difficile à
dire tant est grand l’écart entre l’intensité
des signaux qualitatifs de détresse humaine et morale au
sein de l’entreprise et des données purement économiques
encore au beau fixe.
Parallèlement aux grandes entreprises qui occupent le devant
de la scène, il y des entreprises qui refusent de remettre
les clés de leur avenir à des marchés sans
visage. Les entreprises familiales, ainsi que de nombreuses micro
et petites entreprises dans les domaines de pointe, qui reposent
sur les compétences, les réseaux et le savoir-faire
de quelques partenaires, se tiennent aussi en marge des grandes
tendances lourdes esquissées plus haut. C’est dans
la marge que s’expérimentent de nouvelles formes
d’interaction économique qui, demain peut-être,
dans la société post-industrielle, post-moderne
mais, espérons-le, encore humaine, deviendront l’expression
de nouveaux équilibres qui se dessinent entre le travail,
le capital, le savoir, l’environnement et le souci du bien
commun laissé à l’abandon par la désertion
du politique.
Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire
de la Finance
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Lectures
recommandées / Suggested readings
The
Enterprise. Matter and Form(s), Finance
& the Common Good / Bien Commun, Hiver / Winter 2005-2006,
no 23
Les contributions à ce numéro de
Finance & the Common Good / Bien Commun s’interrogent
sur la physionomie de l’entreprise de demain, sur la manière
dont les différentes parties prenantes de l’entreprise
vont y cohabiter, et comment elles vont se gouverner.
The purpose of this issue of Finance &
the Common Good / Bien Commun is to investigate what tomorrow’s
businesses will look like, how the various stakeholders in businesses
will interact and how they will be controlled.
Enron and
World Finance. A Case Study in Ethics, edited
by Paul H. Dembinski, Carole Lager, Andrew Cornford and Jean-Michel
Bonvin. Palgrave Macmillan, Basingstoke, 2005.
Using the collapse of Enron as a case study,
this book not only shows how and where ethics came into play,
but also draws lessons and discusses possible remedies tat may
prevent the whole financial system from falling apart as a result
of either excessive greed or over-regulation.
Compte-rendu
de lecture / Book Review
The
Corporation
a film by Mark Achbar, Jennifer Abbott & Joel Bakan
Avec moult études de cas, anecdotes, confessions,
«The Corporation» cherche à «explore[r]
la nature et la croissance spectaculaire de l’institution
la plus envahissante de notre époque».
With many case studies, anecdotes, confessions,
«The Corporation» try to «explore the spectacular
nature and growth of the most invading institution of our time».
Notre
rubrique "Vu dans la presse" /
Our "Seen in the
Press" Rubric
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Evénements
/ Events
Ethique,
Finance et Responsabilité / Ethics,
Finance & Responsibility
Les dates de la 5ème rencontre internationale
Ethique, Finance et Responsabilité ont été
arretées: elle aura lieu du vendredi 29 au samedi
30 septembre 2006.
Les
photos et le programme de la Rencontre 2005...
The 5th international meeting Ethics, Finance
& Responsibility will take place on September
29th - 30th 2006.
Pictures
and programme of the 2005 meeting...
L'Echo de l'Ethique
Les comptes-rendus
des réunions du groupe de l'Echo de l'Ethique
sont disponibles sur notre site /
Discussions
of the Echo de l'Ethique working group are now available
on our Website (in French only).
Informez-nous sur vos évenements
à venir / Let us know about your forthcoming events.
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A
venir / Forthcoming
Finance
& the Common Good / Bien Commun, no
24
Le prochain numéro de notre revue traitera
du thème de l'éthique dans la finance. Sortie:
avril 2006.
Next issue of our review will deal with the
topic of Ethics in Finance. Publication: April 2006.
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