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Février / February 2006

 

Le thème du mois / Topic of the month

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A venir / Forthcoming

Observatoire de la Finance

Le thème du mois / Topic of the month

 

L'entreprise anorexique : beaux muscles mais souffle court

Les formes juridiques d’entreprise les plus répandues aujourd’hui se sont généralisées au XIXe siècle, qu’il s’agisse de la société de capitaux, de la société de personnes et finalement de la coopérative. Elles reflètent les compromis systémiques qui ont pu être réalisés à l’époque et qui ont été validés depuis à intervalles réguliers.
Les interactions économiques du début du XXIe siècle sont non seulement très différentes par leur contenu et leurs modalités, de celles prévalant il y a 150 ans, mais en plus, elles se déroulent dans un contexte politique et social propre à notre époque. Autant de raisons qui incitent à revisiter les fondements de la société de capitaux pour s’interroger si les équilibres sous-jacents à cette forme, dominante aujourd’hui, sont toujours en place ou si des formes nouvelles, mieux adaptées aux défis de notre époque, se profilent à l’horizon.
Edith Penrose a publié voici près d’un demi-siècle (1959) The Theory of the Growth of the Firm, ouvrage longtemps resté dans l’ombre, redécouvert seulement récemment et réédité en 1995. En cherchant à identifier les moteurs de la croissance, Penrose se penche sur l’entreprise telle qu’elle était à l’époque. Ce regard mérite d’être rappelé puisqu’il invite, a contrario, à une lecture critique de notre réalité. Trois constats s’imposent. Le premier concerne la motivation des managers et leur rôle au sein de l’entreprise, celle-ci apparaissant comme un « pacte durable » entre des managers fidèles, qui s’identifient avec « leur » entreprise et qui cherchent à accroître leur importance, leur pouvoir et leur rémunération par la croissance de la taille de l’entreprise. Le deuxième constat est étroitement lié au premier et concerne les ressources temporairement oisives au sein de l’entreprise. En effet, selon Penrose il y a, à tout moment, dans chaque entreprise, des capacités entrepreneuriales qui ne sont pas totalement absorbées par l’opérationnel quotidien. A temps perdu, elles sondent, imaginent, envisagent, expérimentent de nouvelles activités, de nouveaux marchés ou produits et préparent ainsi, sans le savoir, ce qui sera demain le chemin de la croissance de l’entreprise. Finalement, le troisième constat concerne ce qui paraît à Penrose représenter une limite quasi naturelle, à savoir la capacité d’assimilation de nouveaux membres par l’équipe managériale. En effet, affirme-t-elle, un groupe de personnes rodées à travailler ensemble, habituées à se faire confiance, au fait des qualités et des défauts respectifs de chacun de ses membres, ne peut s’élargir du jour au lendemain au-delà d’une certaine limite sans perdre de sa compétence et de son efficacité.
L’entreprise que l’on entrevoit au travers des propos de Penrose puise, en dernière analyse, sa dynamique de croissance à l’intérieur, dans la compétence de ses collaborateurs, mais aussi dans leurs qualités personnelles et morales qu’ils mettent librement au service de l’entreprise. En conséquence, cette dernière est avant tout une « communauté de travail » articulée autour d’un projet commun.
En un demi-siècle, l’image typique de la grande entreprise a changé au point où aucun des traits considérés comme évidents il y a cinquante ans ne l’est plus aujourd’hui : les équipes managériales sont rarement soudées et porteuses d’un véritable projet à moyen terme pour elles et pour l’entreprise ; les rapports de service sont de plus en plus courts et souvent imprégnés de méfiance, d’instrumentalisme, voire de cynisme, alors que les rotations de postes et d’activités sont devenues le pain quotidien dans les grands groupes. Finalement, comprimées par les réductions de coûts, rares sont les entreprises qui entretiennent consciemment le volant de capacités entrepreneuriales oisives, pourtant nécessaire à la croissance. Elles préfèrent les louer ou les acheter en cas de besoin. En un mot, la croissance des entreprises n’a plus aujourd’hui les mêmes ressorts que ceux décrits par Penrose, et elle se fait avant tout par le recours à l’extérieur, par l’acquisition, le rachat ou la recombinaison de ressources ou d’activités. Ainsi, la stratégie de croissance est de moins en moins de la compétence de l’entreprise elle-même, pour devenir la prérogative des actionnaires qui s’expriment souvent par la voie des « gardiens de troupeau » que sont les banques d’investissement, les consultants aux dents longues et autres agences d’appréciation des performances. La préoccupation de croissance a été « externalisée », comme en témoigne le fait que les moyens correspondants ont été transférés à l’actionnaire, en même temps que le fruit d’économies réalisées en limant les coûts à l’extrême. En conséquence, l’entreprise est devenue anorexique, elle a cessé - ou bien a-t-elle été privée à dessein de cette capacité - d’être une communauté capable d’un projet commun, pour devenir le lieu de plus en plus imprégné de méfiance où sont réalisés les objectifs assignés par des actionnaires absents et abstraits. Cette entreprise-là serait-elle sur une trajectoire vers la décadence ? Difficile à dire tant est grand l’écart entre l’intensité des signaux qualitatifs de détresse humaine et morale au sein de l’entreprise et des données purement économiques encore au beau fixe.
Parallèlement aux grandes entreprises qui occupent le devant de la scène, il y des entreprises qui refusent de remettre les clés de leur avenir à des marchés sans visage. Les entreprises familiales, ainsi que de nombreuses micro et petites entreprises dans les domaines de pointe, qui reposent sur les compétences, les réseaux et le savoir-faire de quelques partenaires, se tiennent aussi en marge des grandes tendances lourdes esquissées plus haut. C’est dans la marge que s’expérimentent de nouvelles formes d’interaction économique qui, demain peut-être, dans la société post-industrielle, post-moderne mais, espérons-le, encore humaine, deviendront l’expression de nouveaux équilibres qui se dessinent entre le travail, le capital, le savoir, l’environnement et le souci du bien commun laissé à l’abandon par la désertion du politique.

Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire de la Finance

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Lectures recommandées / Suggested readings

The Enterprise. Matter and Form(s), Finance & the Common Good / Bien Commun, Hiver / Winter 2005-2006, no 23

Les contributions à ce numéro de Finance & the Common Good / Bien Commun s’interrogent sur la physionomie de l’entreprise de demain, sur la manière dont les différentes parties prenantes de l’entreprise vont y cohabiter, et comment elles vont se gouverner.

The purpose of this issue of Finance & the Common Good / Bien Commun is to investigate what tomorrow’s businesses will look like, how the various stakeholders in businesses will interact and how they will be controlled.

 

Enron and World Finance. A Case Study in Ethics, edited by Paul H. Dembinski, Carole Lager, Andrew Cornford and Jean-Michel Bonvin. Palgrave Macmillan, Basingstoke, 2005.

Using the collapse of Enron as a case study, this book not only shows how and where ethics came into play, but also draws lessons and discusses possible remedies tat may prevent the whole financial system from falling apart as a result of either excessive greed or over-regulation.

 

Compte-rendu de lecture / Book Review

The Corporation
a film by Mark Achbar, Jennifer Abbott & Joel Bakan

Avec moult études de cas, anecdotes, confessions, «The Corporation» cherche à «explore[r] la nature et la croissance spectaculaire de l’institution la plus envahissante de notre époque».

With many case studies, anecdotes, confessions, «The Corporation» try to «explore the spectacular nature and growth of the most invading institution of our time».

 

Notre rubrique "Vu dans la presse" / Our "Seen in the Press" Rubric

 

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Evénements / Events

Ethique, Finance et Responsabilité / Ethics, Finance & Responsibility

 

Les dates de la 5ème rencontre internationale Ethique, Finance et Responsabilité ont été arretées: elle aura lieu du vendredi 29 au samedi 30 septembre 2006.

Les photos et le programme de la Rencontre 2005...

 

The 5th international meeting Ethics, Finance & Responsibility will take place on September 29th - 30th 2006.

Pictures and programme of the 2005 meeting...

 

L'Echo de l'Ethique

Les comptes-rendus des réunions du groupe de l'Echo de l'Ethique sont disponibles sur notre site /

Discussions of the Echo de l'Ethique working group are now available on our Website (in French only).

 

 

Informez-nous sur vos évenements à venir / Let us know about your forthcoming events.

 

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A venir / Forthcoming

Finance & the Common Good / Bien Commun, no 24

Le prochain numéro de notre revue traitera du thème de l'éthique dans la finance. Sortie: avril 2006.

Next issue of our review will deal with the topic of Ethics in Finance. Publication: April 2006.

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Observatoire de la Finance

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