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Juin / June 2005

 

Le thème du mois / Topic of the month

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Evénements / Events

A venir / Forthcoming

Observatoire de la Finance

Le thème du mois / Topic of the month

 

De Bretton Woods à Bâle II

Selon toute vraisemblance, les accords dits de « Bâle II », plus connus au niveau international comme « Basel II », sont sur le point d’aboutir, au terme d’années de discussions, d’expertises et d’évaluations. Dans la perspective systémique, les accords «Basel II» préfigurent en quelque sorte la légalisation d’une série de changements fondamentaux qui se sont produits dans la finance mondiale et, à l’instar des accords de Bretton Woods de 1944, posent les jalons d’un autre système monétaire et financier international articulé autour de nouveaux principes de cohérence.

Le système de Bretton Woods reposait sur l’hypothèse de l’indépendance quasi totale des systèmes financiers nationaux. Aussi, du point de vue des autorités, les champs de la régulation interne et internationale étaient-ils clairement séparés d’autant plus que la gestion des taux de changes fixes relevait exclusivement des compétences des banques centrales. Au cours des 35 ans qui nous séparent de 1971, la distinction entre sphère interne et sphère externe de la régulation financière s’est vidée de tout son sens: l’interdépendance a remplacé l’indépendance. Le système porté par « Basel II » prend cette interdépendance pour donnée de départ et propose, non pas la séparation, mais l’interpénétration des sphères d’intervention des régulateurs nationaux. En effet, au cœur de la logique du système se trouvent les banques globales et transnationales.

Le système de Bretton Woods devait régir un monde où, pour un dollar d’échanges dans l’économie dite « réelle », les transactions financières (nationales et internationales) ne dépassaient pas quelques cents. Aujourd’hui, le rapport est inverse et, pour un dollar de transactions financières, il y a - au mieux - vingt cents de transactions dites « réelles » (nationales et internationales). La conférence de Bretton Woods avait reçu un mandat clair des 44 pays luttant contre les forces de l’Allemagne nazie, celui de trouver le cadre institutionnel mondial le mieux à même d’assurer le développement harmonieux du commerce international, lequel était perçu comme le meilleur garant de la paix et de la prospérité mondiale. Le système de Bretton Woods a pris le principe du libre échange comme socle de sa cohérence, les arrangements monétaires et financiers étant clairement au service des paiements et transferts liés au commerce. Le commerce international ne figure pas à l’agenda de « Basel II » pour la simple et bonne raison, qu’à l’évidence, les activités financières sont autonomes. Paradoxalement, « Basel II » a des implications importantes pour les négociations sur la libéralisation des échanges des services, actuellement en cours au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Le système de Bretton Woods tirait sa cohérence de l’engagement des Etats qui reprenaient à leur compte un certain nombre de principes qu’ils avaient élaborés ensemble. La genèse de « Basel II » est très différente. Elle découle de la volonté des banques de convaincre les régulateurs nationaux que l’accord de « Basel I » introduisant des ratios prudentiels pour chaque catégorie de risque pouvait être amélioré en tenant mieux compte des pratiques professionnelles en vigueur. Il ne s’agit donc pas ici de l’expression d’une volonté politique, mais de l’élaboration conjointe de normes et de principes par les régulateurs et les régulés. Si le système de Bretton Woods était avant tout inter-gouvernemental, l’accord entre les banques transnationales et les régulateurs est la pierre angulaire de « Basel II ». Ainsi, cet accord consacre de manière à peine voilée l’importance prise par les plus grandes banques sur la scène de la finance mondiale. A l’instar des euro-dollars des années 1960, ce sont les banques privées qui ont définitivement pris l’initiative des pratiques et de l’innovation financières. Le fait qu’elles soient aujourd’hui parties à la négociation indique qu’elles sont concernées - au même titre que les gouvernements, voire plus que ces derniers - autant par la stabilité du système international, que par l’égalité de traitement de la part des régulateurs.

Le système « Basel II » émerge dans un environnement fortement hétérogène où des institutions financières locales coexistent avec des institutions capables de faire trembler les marchés mondiaux. Il n’est pas étonnant que la dimension concurrentielle se trouve au cœur du nouveau système. En effet, en mettant en avant leurs capacités de gestion interne, leur compétence en matière de surveillance et de contrôle, les très grandes banques sont traitées quasiment en partenaires par « Basel II », dans la mesure où leurs méthodes internes seront validées de cas en cas par les autorités. Selon des études récentes, grâce à ce privilège, ces banques pourront faire de larges économies en termes de fonds propres, alors que ces économies seront, selon toute vraisemblance, plus difficilement accessibles aux institutions de moindre taille. La polarisation dans le traitement risque de se transmettre au cœur des économies, puisqu’en fonction de leurs capacités internes de gestion du risque, les banques vont être plus ou moins sélectives dans le choix de leurs clients. Les bons risques vont aux institutions les mieux outillées, qui leur offriront aussi les meilleures conditions. Face à ce pouvoir d’attraction, les banques de moindre envergure se retrouveront avec les risques moyens et élevés.

Finalement, la différence fondamentale entre Bretton Woods et « Basel II » concerne l’ambition politique sous-jacente. Si la reconstruction, le développement comme meilleur garant de la paix étaient les objectifs explicites de Bretton Woods, la seule ambition de «Basel II» est de préserver le status quo en terme de stabilité. Si Bretton Woods véhiculait un objectif en terme d’état à atteindre, « Basel II » se focalise sur les procédures, laissant les questions de substance à l’appréciation des acteurs. Le système de « Basel II » consacre donc aussi la démission, voire l’impuissance, du politique à imposer une place et un rôle aux activités financières .

Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire de la Finance

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Lectures recommandées / Suggested readings

From Bretton Woods to Basel II, Finance & the Common Good / Bien Commun, Printemps / Spring 2005, no 21

Ce numéro de Finance & the Common Good / Bien Commun s'interroge sur la question de la régulation financière, abordée dans le numéro consacré à Enron (no 18-19). Les nouveaux accords de Bâle II y sont étudiés en profondeur, comme aussi la question de la régulation financière internationale.

Current issue of Finance & the Common Good / Bien Commun deal with the topic of financial regulation, which was mentioned in the issue consecrated to Enron (no 18-19). Authors make an in-depth analysis of Basel II agreements and the of question of international financial regulation.

 

Compte-rendu de lecture / Book Review

John Plender, Going off the Rail – Global Capital and the Crisis of Legitimacy, 2003

John Plender, éditorialiste bien connu du « Financial Times », brosse un constat sans appel: le capitalisme dans son modèle anglo-saxon a clairement déraillé, il est en crise, notamment en crise de légitimité. Observateur attentif de la vie des grands centres financiers, John Plender construit sa démonstration à l'aide d'un grand nombre de « zooms » sur des événements qui ont marqué la vie des affaires durant les dix dernières années, avant d'en tirer une conclusion de portée générale.

John Plender, Financial Times editorialist, notices withouth appeal that the anglo-saxon model of capitalism is clairly on the blink, it is in a crisis, in particular of legitimacy. Careful observer of big financial centres' life, John Plender zooms on some events which marked the business life during the past ten years, makes his demonstration and leads us to a general conclusion.

 

Notre rubrique "Vu dans la presse" / Our "Seen in the Press" Rubric

 

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Evénements / Events

Ethique, Finance et Responsabilité / Ethics, Finance & Responsibility

30 septembre - 1er octobre 2005 / September 30th - October 1st 2005

Château de Bossey, Genève

L’Observatoire de la Finance prépare actuellement la 4ème Rencontre Internationale Ethique, Finance et Responsabilité, intitulée cette année Finance & Société : Antagonistes ou Partenaires ? Articulée autour de tables-rondes, la rencontre a pour but d’offrir un éventail d’exemples et d’analyses portant sur les domaines de l’activité financière où se pose la question du rapport entre la finance et l’éthique.

At the end of September, the Observatoire de la Finance will hold its 4th international meeting Ethics, Finance & Responsibility, called this year Finance & Society: Antagonists or Partners? During 2 days, we will speak about topics on the subject of ethics and finance, articulated around some workshops.

 

L'Echo de l'Ethique

Les comptes-rendus des premières réunions du groupe de l'Echo de l'Ethique sont disponibles sur notre site /

Discussions of the Echo de l'Ethique working group are now available on our Website (in French only).

 

 

Informez-nous sur vos évenements à venir / Let us know about your forthcoming events.

 

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A venir / Forthcoming

Finance & the Common Good / Bien Commun, no 22

Le prochain numéro de notre revue traitera du thème de l'anthropologie économique. Sortie: juillet-août 2005.

Next issue of our review will deal with the topic of Economical Anthropology. Publication: July/August 2005.

 

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Observatoire de la Finance

Devenez membre de l'Observatoire de la Finance et aidez à diminuer la distance entre le côté technique de la finance et sa dimension éthique. /

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Pour en savoir plus sur notre fondation / To know more about us: www.obsfin.ch

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