Le
thème du mois / Topic of the month
Lectures
recommandées / Suggested readings
Evénements
/ Events
A
venir / Forthcoming
Observatoire
de la Finance

Le
thème du mois / Topic of the month
A la recherche de l'économie solidaire
Alors que les capitaines de l’économie
mondiale n’avaient d’yeux et d’oreilles que
pour ce qu’ils croyaient être le principe suprême
de la rationalité économique, à savoir la
création de valeur pour l’actionnaire (shareholder
value), de nouvelles façons de penser et d’agir apparaissaient
déjà dans des zones reculées de l’économie
en voie de globalisation. Même si le label « économie
et finance solidaires » reste peu précis, même
si les théoriciens ne sont pas parvenus à en saisir
avec précision la differentia specifica, il est indiscutable
aujourd’hui qu’au seuil du XXIème siècle,
de nouvelles formes d’articulation de l’activité
économique et des rapports sociaux se font jour.
En soi, la recherche de formes juridiques et sociales mieux adaptées
aux aspirations économiques des uns et des autres n’est
pas nouvelle. Il en va ainsi du mouvement coopératif qui
a été, tout au long des deux derniers siècles,
le symbole d’une alternative volontairement marginale -
sauf dans le cas de l’autogestion yougoslave - par rapport
à l’économie capitaliste. Contrairement à
la société anonyme qui sépare le capital
du travail et traite chacun des deux facteurs différemment,
la coopérative refuse cette dissociation. Sa raison d’être
est de permettre aux coopérateurs de bénéficier
d’avantages obtenus grâce à l’action
commune. Selon les cas et les périodes, il s’est
agi de prix d’approvisionnement ou de taux d’intérêt
bas, de la mutualisation de certains risques ou de la sécurité
de l’emploi. Dans la coopérative, l’action
commune vise donc l’obtention de résultats ou d’avantages
qui sont ensuite répartis entre les membres. La logique
qui préside aux activités de l’économie
ou de la finance solidaire est différente. Les bénéfices
et avantages - avant tout non monétaires - obtenus grâce
à l’activité commune, sont diffusés
vers l’extérieur. La raison d’être de
ces initiatives tient donc à la création d’une
« plus-value sociétale ». Si l’économie
sociale - articulée autour de la coopérative - dénote
une volonté de prise en main de leur destin par les coopérateurs,
l’économie solidaire découle de la générosité
des acteurs et de leurs sentiments de responsabilité par
rapport à ceux qui sont restés à l’écart
: pauvres, exclus du marché du travail, exclus de la finance,
femmes en marge de la misère, paysans trop exploités
pour avoir une vie digne, etc. Ce n’est donc pas par hasard
que nombre d’initiatives ou de leurs animateurs reconnaissent
leur inspiration chrétienne, alors que d’autres se
réclament de l’humanisme et du mouvement citoyen.
La plupart des initiatives qui s’inscrivent aujourd’hui
dans la mouvance de l’économie et de la finance solidaires,
sont autant de réactions citoyennes à la misère,
l’injustice et l’exclusion. La micro-finance, et plus
précisément la Grameen Bank, en sont un exemple
emblématique. Il n’en demeure pas moins que toutes
les pratiques au nom de la générosité ne
font pas l’unanimité et que les divergences d’opinion,
apparues déjà lors du « Microfinance Summit
» de 1997, ne se sont pas apaisées depuis. Aujourd’hui,
il semble acquis par exemple que le micro-crédit est une
technique, un instrument qui peut être utilisé au
service d’intentions très différentes, parfois
même incompatibles avec l’idée de la solidarité.
La générosité, la grandeur d’âme,
la prétention déclarée de « produire
du bien commun » sont aussi le talon d’Achille de
l’économie et de la finance solidaires. Ainsi, beaucoup
d’initiatives reposent sur une profonde ambiguïté,
dans la mesure où elles aspirent à un statut public
tout en se montrant très jalouses de leur autonomie à
dire où se trouve le bien commun. En se démarquant
de l’idée - limitée et simplificatrice par
ailleurs - de l’intérêt général,
l’économie solidaire acquiert une formidable capacité
d’auto-justification, mais elle se trouve en même
temps doublement fragilisée. Premièrement, une telle
capacité d’auto-justification ouvre la porte à
la naïveté, voire aux abus, tant il est facile de
légitimer tout et n’importe quoi au nom des bons
sentiments et du bien commun. Deuxièmement, la capacité
d’auto-justification propre à chacune des initiatives
augmente l’hétérogénéité
interne du mouvement et complique le dialogue politique.
Si la mouvance de l’économie et de la finance solidaires,
telle qu’elle s’affiche notamment au Forum Social
Mondial dans ses éditions successives, prétend être
porteuse d’alternatives à l’économie
de marché pure et dure, il en va différemment à
l’échelle des initiatives particulières. A
ce niveau, l’acceptation des règles du marché,
de même que la prétention à l’exemplarité,
varient fortement. Dans la situation actuelle, l’observateur
extérieur a beaucoup de peine à discerner, derrière
le voile de la confusion conceptuelle et sémantique, ce
qui relève de la pure vocifération politique de
ce qui est effectivement porteur de réalisations et de
projets. Le défi que l’économie et la finance
solidaires doivent soulever dans les toutes prochaines années
consiste simplement à démontrer qu’elles existent
en tant qu’ensemble d’activités économiques
articulées autour d’une logique qui leur est propre
et les distingue des autres formes de l’activité
économique. Les tentatives pour conceptualiser le socle
commun ont été nombreuses ; toutes ont échoué,
peut-être aussi parce que nombre d’entre elles recèlent
un hiatus profond entre action et réflexion et qu’elles
craignent une récupération politique.
L’économie sociale et le mouvement coopératif
sont nés dans le creuset de la révolution industrielle
; ils ont consolidé leur position au sein des économies
de marché grâce à des formes juridiques ad
hoc, codifiées parfois de haute lutte. Il en va autrement
des initiatives de l’économie et de la finance solidaires
qui se soucient peu de la forme et fonctionnent parfois aux confins
de l’informel, dans la zone grise occupée par le
mouvement associatif et les organisations non gouvernementales.
Dans l’économie et la finance solidaires, l’esprit
compte nettement plus que la forme qui n’est qu’instrument.
Du fait de leur caractère peu formalisé, les initiatives
échappent aussi bien aux outils d’analyse classiques
qu’aux méthodes d’action politique. Ainsi,
un des défis que l’économie et la finance
solidaires devront relever dans un proche avenir consiste à
mettre sur pied des structures internes qui leur permettront de
parler d’une voix audible sur le plan politique et de nouer
ainsi un dialogue avec les gouvernements et les organisations
internationales. Ce processus ne sera pas nécessairement
simple, car l’émergence progressive de l’économie
solidaire sur le plan politique heurte certaines positions acquises,
notamment celles du mouvement coopératif qui, en réaction,
cherche tantôt à l’annexer comme s’il
s’agissait d’une partie de l’économie
sociale, tantôt à nier son originalité ou
son sérieux.
Est-ce par pure coïncidence que l’automne 2004 s’annonce
comme un moment de vérité pour l’économie
et la finance solidaires européennes ? En effet, trois
conférences internationales sont consacrées à
leurs différents aspects : "Microcredit European Conference
», organisée par l’Union Européenne
en septembre 2004, « Social Entrepreuneurship & Social
Efficiency », qui se tiendra à Cracovie en Pologne
à la fin octobre et finalement « Finance solidaire
et consommation responsable : pouvoirs publics et citoyens engagés
pour la cohésion sociale », forum qui est organisé
sous les auspices du Conseil de l’Europe les 4 et 5 novembre
à Strasbourg.
.
Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire de la Finance
top

Lectures
recommandées / Suggested readings
Economie
et finance solidaires. Chimère ou nouveau défi?
- Finance & the Common Good / Bien Commun, no20,
Automne / Autumn 2004
Le présent numéro de Finance
& the Common Good/Bien Commun propose au lecteur une
palette unique de témoignages et de réflexions
sur la mosaïque d’initiatives, et aussi de projets
et de potentiels, dont la dynamique de l’économie
et de la finance solidaires est porteuse. Le lecteur a ainsi
en main des éléments pour répondre - aussi
bien par la réflexion que par l’action - à
la question posée dans le titre : « Chimère
ou nouveau Défi ? »
This edition of Finance & the Common
Good/Bien Commun boasts a unique range of testimonies and
essays devoted to the mosaic of initiatives, projects and propositions
generated by the unique dynamic of the solidarity-based economy
and finance movement. Readers hold in their hands the very tools
needed to answer - in thought and deed - the question posed
in the title: Mirage or Challenge?
Finance
solidaire. Les prémisses pour un dialogue politique et
un changement d'échelle - Rapport réalisé
par un groupe d'étudiantes de l'Institut d'Etudes Politiques
de Paris sur mandat de Finansol (Paris). Septembre 2004 - EN
FRANCAIS
Ce rapport vise à analyser les possibilités
d'un changement d'échelle de la finance solidaire et
ses conditions préalables, en suivant une démarche
en trois étapes:
- identification des différentes approches de la finance
solidaire afin d'élaborer une "working definition";
- confrontation de la définition conceptuelle avec
les pratiques des acteurs; et
- évaluation des conditions qui pourraient permettre
un dialogue politique sur la question du changement d'échelle.
La méthode choisie combine recherche documentaire et
conduite d'entretiens avec les acteurs de la finance solidaire
et les pouvoirs publics.
top

Evénements
/ Events
mardi 9 novembre 2004
Jacques
Necker ou le style ministériel
Lectures de textes
choisis à la Société de Lecture (Grand Rue
11, 1204 Genève)
Un mardi particulier pour marquer le bicentenaire
de la mort de Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI
et lauréat du prix de l'éloquence de l'Académie
française.
top

A
venir / Forthcoming
Finance
& the Common Good / Bien Commun, no21
Le prochain numéro de notre revue sera
consacré à la problématique de la régulation
financière.
The next issue of our review will deal with
the topic of Financial Regulation.
top

Observatoire
de la Finance
Devenez
membre de l'Observatoire de la Finance et aider à diminuer
la distance entre le côté technique de la finance
et sa dimension éthique. /
Become
a member of the Observatoire de la Finance and help us to
close the gap between the technical and the ethical faces of finance.
Pour
en savoir plus sur notre fondation / To know more about us: www.obsfin.ch
Observatoire de la Finance
32, rue de l'Athénée
1206 Genève - Suisse
+41 (0)22 346 30 35
+41 (0)22 789 14 60
office@obsfin.ch
www.obsfin.ch
