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Octobre / October 2004

 

Le thème du mois / Topic of the month

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Observatoire de la Finance

Le thème du mois / Topic of the month

A la recherche de l'économie solidaire

Alors que les capitaines de l’économie mondiale n’avaient d’yeux et d’oreilles que pour ce qu’ils croyaient être le principe suprême de la rationalité économique, à savoir la création de valeur pour l’actionnaire (shareholder value), de nouvelles façons de penser et d’agir apparaissaient déjà dans des zones reculées de l’économie en voie de globalisation. Même si le label « économie et finance solidaires » reste peu précis, même si les théoriciens ne sont pas parvenus à en saisir avec précision la differentia specifica, il est indiscutable aujourd’hui qu’au seuil du XXIème siècle, de nouvelles formes d’articulation de l’activité économique et des rapports sociaux se font jour.
En soi, la recherche de formes juridiques et sociales mieux adaptées aux aspirations économiques des uns et des autres n’est pas nouvelle. Il en va ainsi du mouvement coopératif qui a été, tout au long des deux derniers siècles, le symbole d’une alternative volontairement marginale - sauf dans le cas de l’autogestion yougoslave - par rapport à l’économie capitaliste. Contrairement à la société anonyme qui sépare le capital du travail et traite chacun des deux facteurs différemment, la coopérative refuse cette dissociation. Sa raison d’être est de permettre aux coopérateurs de bénéficier d’avantages obtenus grâce à l’action commune. Selon les cas et les périodes, il s’est agi de prix d’approvisionnement ou de taux d’intérêt bas, de la mutualisation de certains risques ou de la sécurité de l’emploi. Dans la coopérative, l’action commune vise donc l’obtention de résultats ou d’avantages qui sont ensuite répartis entre les membres. La logique qui préside aux activités de l’économie ou de la finance solidaire est différente. Les bénéfices et avantages - avant tout non monétaires - obtenus grâce à l’activité commune, sont diffusés vers l’extérieur. La raison d’être de ces initiatives tient donc à la création d’une « plus-value sociétale ». Si l’économie sociale - articulée autour de la coopérative - dénote une volonté de prise en main de leur destin par les coopérateurs, l’économie solidaire découle de la générosité des acteurs et de leurs sentiments de responsabilité par rapport à ceux qui sont restés à l’écart : pauvres, exclus du marché du travail, exclus de la finance, femmes en marge de la misère, paysans trop exploités pour avoir une vie digne, etc. Ce n’est donc pas par hasard que nombre d’initiatives ou de leurs animateurs reconnaissent leur inspiration chrétienne, alors que d’autres se réclament de l’humanisme et du mouvement citoyen.
La plupart des initiatives qui s’inscrivent aujourd’hui dans la mouvance de l’économie et de la finance solidaires, sont autant de réactions citoyennes à la misère, l’injustice et l’exclusion. La micro-finance, et plus précisément la Grameen Bank, en sont un exemple emblématique. Il n’en demeure pas moins que toutes les pratiques au nom de la générosité ne font pas l’unanimité et que les divergences d’opinion, apparues déjà lors du « Microfinance Summit » de 1997, ne se sont pas apaisées depuis. Aujourd’hui, il semble acquis par exemple que le micro-crédit est une technique, un instrument qui peut être utilisé au service d’intentions très différentes, parfois même incompatibles avec l’idée de la solidarité.
La générosité, la grandeur d’âme, la prétention déclarée de « produire du bien commun » sont aussi le talon d’Achille de l’économie et de la finance solidaires. Ainsi, beaucoup d’initiatives reposent sur une profonde ambiguïté, dans la mesure où elles aspirent à un statut public tout en se montrant très jalouses de leur autonomie à dire où se trouve le bien commun. En se démarquant de l’idée - limitée et simplificatrice par ailleurs - de l’intérêt général, l’économie solidaire acquiert une formidable capacité d’auto-justification, mais elle se trouve en même temps doublement fragilisée. Premièrement, une telle capacité d’auto-justification ouvre la porte à la naïveté, voire aux abus, tant il est facile de légitimer tout et n’importe quoi au nom des bons sentiments et du bien commun. Deuxièmement, la capacité d’auto-justification propre à chacune des initiatives augmente l’hétérogénéité interne du mouvement et complique le dialogue politique.
Si la mouvance de l’économie et de la finance solidaires, telle qu’elle s’affiche notamment au Forum Social Mondial dans ses éditions successives, prétend être porteuse d’alternatives à l’économie de marché pure et dure, il en va différemment à l’échelle des initiatives particulières. A ce niveau, l’acceptation des règles du marché, de même que la prétention à l’exemplarité, varient fortement. Dans la situation actuelle, l’observateur extérieur a beaucoup de peine à discerner, derrière le voile de la confusion conceptuelle et sémantique, ce qui relève de la pure vocifération politique de ce qui est effectivement porteur de réalisations et de projets. Le défi que l’économie et la finance solidaires doivent soulever dans les toutes prochaines années consiste simplement à démontrer qu’elles existent en tant qu’ensemble d’activités économiques articulées autour d’une logique qui leur est propre et les distingue des autres formes de l’activité économique. Les tentatives pour conceptualiser le socle commun ont été nombreuses ; toutes ont échoué, peut-être aussi parce que nombre d’entre elles recèlent un hiatus profond entre action et réflexion et qu’elles craignent une récupération politique.
L’économie sociale et le mouvement coopératif sont nés dans le creuset de la révolution industrielle ; ils ont consolidé leur position au sein des économies de marché grâce à des formes juridiques ad hoc, codifiées parfois de haute lutte. Il en va autrement des initiatives de l’économie et de la finance solidaires qui se soucient peu de la forme et fonctionnent parfois aux confins de l’informel, dans la zone grise occupée par le mouvement associatif et les organisations non gouvernementales. Dans l’économie et la finance solidaires, l’esprit compte nettement plus que la forme qui n’est qu’instrument. Du fait de leur caractère peu formalisé, les initiatives échappent aussi bien aux outils d’analyse classiques qu’aux méthodes d’action politique. Ainsi, un des défis que l’économie et la finance solidaires devront relever dans un proche avenir consiste à mettre sur pied des structures internes qui leur permettront de parler d’une voix audible sur le plan politique et de nouer ainsi un dialogue avec les gouvernements et les organisations internationales. Ce processus ne sera pas nécessairement simple, car l’émergence progressive de l’économie solidaire sur le plan politique heurte certaines positions acquises, notamment celles du mouvement coopératif qui, en réaction, cherche tantôt à l’annexer comme s’il s’agissait d’une partie de l’économie sociale, tantôt à nier son originalité ou son sérieux.
Est-ce par pure coïncidence que l’automne 2004 s’annonce comme un moment de vérité pour l’économie et la finance solidaires européennes ? En effet, trois conférences internationales sont consacrées à leurs différents aspects : "Microcredit European Conference », organisée par l’Union Européenne en septembre 2004, « Social Entrepreuneurship & Social Efficiency », qui se tiendra à Cracovie en Pologne à la fin octobre et finalement « Finance solidaire et consommation responsable : pouvoirs publics et citoyens engagés pour la cohésion sociale », forum qui est organisé sous les auspices du Conseil de l’Europe les 4 et 5 novembre à Strasbourg.
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Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire de la Finance

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Lectures recommandées / Suggested readings

Economie et finance solidaires. Chimère ou nouveau défi? - Finance & the Common Good / Bien Commun, no20, Automne / Autumn 2004

Le présent numéro de Finance & the Common Good/Bien Commun propose au lecteur une palette unique de témoignages et de réflexions sur la mosaïque d’initiatives, et aussi de projets et de potentiels, dont la dynamique de l’économie et de la finance solidaires est porteuse. Le lecteur a ainsi en main des éléments pour répondre - aussi bien par la réflexion que par l’action - à la question posée dans le titre : « Chimère ou nouveau Défi ? »

This edition of Finance & the Common Good/Bien Commun boasts a unique range of testimonies and essays devoted to the mosaic of initiatives, projects and propositions generated by the unique dynamic of the solidarity-based economy and finance movement. Readers hold in their hands the very tools needed to answer - in thought and deed - the question posed in the title: Mirage or Challenge?

 

Finance solidaire. Les prémisses pour un dialogue politique et un changement d'échelle - Rapport réalisé par un groupe d'étudiantes de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris sur mandat de Finansol (Paris). Septembre 2004 - EN FRANCAIS

Ce rapport vise à analyser les possibilités d'un changement d'échelle de la finance solidaire et ses conditions préalables, en suivant une démarche en trois étapes:

  1. identification des différentes approches de la finance solidaire afin d'élaborer une "working definition";
  2. confrontation de la définition conceptuelle avec les pratiques des acteurs; et
  3. évaluation des conditions qui pourraient permettre un dialogue politique sur la question du changement d'échelle.

La méthode choisie combine recherche documentaire et conduite d'entretiens avec les acteurs de la finance solidaire et les pouvoirs publics.

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Evénements / Events

mardi 9 novembre 2004

Jacques Necker ou le style ministériel

Lectures de textes choisis à la Société de Lecture (Grand Rue 11, 1204 Genève)

Un mardi particulier pour marquer le bicentenaire de la mort de Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI et lauréat du prix de l'éloquence de l'Académie française.

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A venir / Forthcoming

Finance & the Common Good / Bien Commun, no21

Le prochain numéro de notre revue sera consacré à la problématique de la régulation financière.

The next issue of our review will deal with the topic of Financial Regulation.

 

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Observatoire de la Finance

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