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Octobre / October 2005

 

Le thème du mois / Topic of the month

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A venir / Forthcoming

Observatoire de la Finance

Le thème du mois / Topic of the month

 

L'homo oeconomicus

Le 200e anniversaire de la parution de La richesse des nations (An Inquiry into the Nature and Causes of The Wealth of Nations, 1776) est loin derrière nous. Les pistes de réflexion ouvertes par le philosophe qu’était Adam Smith, se sont élargies tout au long du XIXe siècle pour aboutir à l’édifice contemporain de la « science économique ». Quel est, en dernière analyse, l’objet de la science économique ? En simplifiant à l’extrême, deux écoles s’affrontent en la matière : d’un côté ceux, comme Paul A. Samuelson, qui affirment que l’objet de l’économie est donné par la manière dont les diverses sociétés répondent à trois questions : « Que produire ? Comment produire ? Pour qui produire ? ». A l’instar des courants marxisants, ce mode de questionnement met au cœur de la démarche économique, l’étude des mécanismes allocateurs au sein des diverses sociétés. L’autre courant, plus directement issu de l’école marginaliste, met la science économique au service de la recherche de la plus grande efficacité. Ainsi, selon le fameux texte que Lionnel Robbins consacrait en 1932 à la question, l’économie aurait pour objet l’étude et la recherche de la meilleure utilisation possible des moyens - limités - en vue de la satisfaction des besoins - illimités par définition.

Sans être totalement incompatibles, ces regards sur l’objet de la science économique s’opposent sur deux questions fondamentales : le rapport au réel et la dimension prescriptive ou, comme les économistes ont l’habitude de le dire, la dimension normative de cette science. L’économie s’intéresse-t-elle à la réalité ou bien est-elle une pure «science des modèles» ? Cette question divise aujourd’hui la profession : d’un côté, l’économie dite appliquée, celle qui est « contaminée » par un rapport direct au réel ; de l’autre, l’économie abstraite, théorique et par conséquent pure et noble. Le rapport tant épistémologique que pratique entre les deux courants n’est pas aisé, notamment parce que l’économie théorique a bâti un monde abstrait qu’elle pose comme un idéal, c’est-à-dire comme une vision essentielle, donc plus vraie que celle à laquelle peut aboutir l’observation d’un réel entaché d’imperfections. Aussi, la théorie économique dédaigne la confrontation de ses axiomes avec l’observation. Ainsi, espace réservé à l’idéal, la théorie se détache totalement du réel et finit par le remplacer par un monde de pure forme, inventé de toute pièce. Ce monde-là, fait de perfection mécanique, est élégant, esthétique même - et séduisant pour des nouvelles générations d’étudiants. A ce stade, la théorie cesse d’être un instrument d’investigation du réel, pour se substituer à ce dernier. A ce stade, la « science des modèles » prend une dimension normative et sert de base à la formulation de prescriptions en matière de politique économique, de politique sociale, voire de morale. L’idéal non seulement remplace le réel comme objet d’investigation, mais s’impose à ce dernier pour le dominer, et non le servir.

La crise épistémologique, aujourd’hui, s’empare progressivement de la maison de la science économique. Encore larvée, cette crise deviendra à n’en pas douter ouverte, et le débat épistémologique et méthodologique devra reprendre après plus d’un demi-siècle d’absence. Ce sera alors l’occasion d’analyser, la tête froide, les a priori et les axiomes de l’économie mainstream qui, pendant des décennies, ont échappé à la critique, protégés par la discipline interne de la profession. En d’autres termes, la réalité riche de contenus s’apprête à prendre sa revanche sur la seule manipulation des formes.

L’un des axiomes les plus fondamentaux, donc en même temps le moins discuté, de la science économique est la manière dont elle tient compte de l’homme, de sa nature, de ses aspirations et de ses besoins. Inventé à la fin du XIXe siècle sur les bords du lac Léman, l’« homo oeconomicus » est passé depuis une dizaine d’années dans le langage courant. De qui s’agit-il au juste ? Est-ce un modèle, au sens d’une épure de la réalité construit pour mieux comprendre cette dernière, ou bien s’agit-il d’une norme, d’un idéal qui traduit l’essence de la nature humaine, ou bien encore d’une pure vue de l’esprit sans autre prétention que cela ? La question est tout sauf sibylline. Il s’agit d’une question épistémologique d’importance primordiale pour toute la science économique.

Le retour en force de l’inquiétude éthique et du questionnement qui l’accompagne annonce l’épuisement du caractère souverain du paradigme économique. En effet, la science économique a pu se constituer au moment précis où la sphère de l’échange s’émancipait de l’emprise du religieux et du politique pour se doter d’une grande autonomie, au point que les pères fondateurs avaient l’impression qu’elle était devenue totalement autonome. Pourtant, en tout cas jusqu’aux années 1980, l’enracinement culturel et éthique de l’acteur économique, donc par son intermédiaire de toute l’activité économique, est resté important. Aujourd’hui, cet enracinement culturel et éthique subit une érosion importante par l’extension impériale de la « raison économique ». Une analogie avec les années 1970 s’impose : à l’époque, l’humanité avait découvert qu’à force de solliciter l’environnement biologique, elle risquait de disparaître. Aujourd’hui, ne sommes-nous pas sur le point de faire une autre découverte ? A force de dilapider les trésors culturels et éthiques, de faire de homo oeconomicus une norme sociale libérée de toute contrainte autre que ses pulsions et désirs, l’humanité risque de sombrer dans une violence d’un genre nouveau : une guerre économique de tous contre tous.

Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire de la Finance

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Lectures recommandées / Suggested readings

Homo oeconomicus. Le mal-compris et le mal-aimé, Finance & the Common Good / Bien Commun, Eté / Summer 2005, no 22

Les contributions à ce numéro de Finance & the Common Good / Bien Commun abordent l’homo oeconomicus sous plusieurs perspectives. Ainsi, les auteurs scrutent sa silhouette du point de vue de la cohérence interne de cette construction, du rapport entre le modèle et la réalité observée, et finalement dans la perspective de la norme sociale que le modèle a contribué à créer. La réflexion sur la pertinence et le rôle du modèle de l’homo oeconomicus se prolonge naturellement par une analyse critique de la manière dont la pensée économique dominante s’en sert pour élaborer ses modèles macro-économiques dont s’inspirent, à leur tour, les recommandations politiques. L’homo oeconomicus est-il bien compris ? Avons-nous pris toute la mesure des limites inhérentes à cette construction, sommes-nous conscients des précautions qu’il s’agit de prendre en l’utilisant à d’autres fins, en bâtissant sur cette hypothèse d’autres modèles ? Ce sont des questions auxquelles la lecture de ce numéro apportera quelques éléments de réponse.

Contributions to this issue of Finance & the Common Good / Bien Commun tackle homo economicus from various angles. The actors scrutinise his form from the perspective of the internal coherence of the construction, the relationship between the model and observed reality, and the social norm the model helps to create. Notions on the relevance and role of the homo economicus model are naturally succeeded by a critical analysis of the way in which dominant economic thought uses the model to create its macro-economic models, which in turn inspire policy recommendations. Do we have a proper grasp of homo economicus? Have we fully assessed the limits inherent to this construction? Are we conscious of the precautions that need to be taken in using it for other ends, in constructing other models based on this hypothesis? Readers of this issue will find some elements of an answer to these questions.

 

Compte-rendu de lecture / Book Review

Tim Parks, Medici Money: Banking, Metaphysics, and Art in Fifteenth-Century Florence, London, Profile Books Ltd, 2005, 224 p.

Caché parmi cette histoire fascinante qu’est la dynastie des Medici et le développement des activités bancaire dans l’Italie du 15ème siècle, on trouve la description de la nature de l’usure et les réponses de la théologie morale.

Hidden in this fascinating history of the Medici dynasty and the development of banking in Italy in the 15th century is a more perceptive account of the nature of usury and of moral theology’s response to it than is found in most standard academic treatments of the topic.

 

Notre rubrique "Vu dans la presse" / Our "Seen in the Press" Rubric

 

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Evénements / Events

Ethique, Finance et Responsabilité / Ethics, Finance & Responsibility

 

La 4ème Rencontre Internationale Ethique, Finance et Responsabilité a eu lieu du 30 septembre au 1er octobre au Château de Bossey. Les 2 jours de conférence ont réuni une cinquantaine de personnes, professionnels et académiciens, provenant de Suisse, Espagne, France, Pologne, Angleterre et Etats-Unis. La rencontre a été le fruit de rencontres intéressantes et de discussions approfondies sur les thèmes: Quelle forme pour l’entreprise de demain?; Le prêt: quel partage de responsabilités?; Le risque - entre technique et métaphysique ; Est-ce que l'éthique doit-elle/peut-elle être gérée?; La formation/sensibilisation à l'éthique en finance ; Finance & société: antagonistes ou partenaires?

Les photos et le programme de la Rencontre...

 

The 4th international meeting Ethics, Finance & Responsibility was held from September 30th to October 1st at the Château de Bossey. The 2-days conference brought together about 50 people, professionals and researchers, from Switzerland, Spain, France, Poland, the United Kingdom and the United States. The meeting has been the occasion of interesting contacts and very detailed discussions about: What will tomorrow’s businesses look like?; Loans: how to share responsibility?; Risk: between technology and metaphysics; Should / can ethics be managed?; Ethical training and awareness in the financial sector; Finance and society: adversaries or partners?

Pictures and programme of the meeting...

 

L'Echo de l'Ethique

Les comptes-rendus des réunions du groupe de l'Echo de l'Ethique sont disponibles sur notre site /

Discussions of the Echo de l'Ethique working group are now available on our Website (in French only).

 

 

Informez-nous sur vos évenements à venir / Let us know about your forthcoming events.

 

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A venir / Forthcoming

Finance & the Common Good / Bien Commun, no 23

Le prochain numéro de notre revue traitera du thème de la gouvernance d'entreprise. Sortie: janvier 2006.

Next issue of our review will deal with the topic of Enterprise's gouvernance. Publication: January 2006.

 

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Observatoire de la Finance

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