Le
thème du mois / Topic of the month
Lectures
recommandées / Suggested readings
Evénements
/ Events
A
venir / Forthcoming
Observatoire
de la Finance

Le
thème du mois / Topic of the month
L'homo oeconomicus
Le 200e anniversaire de la parution de La
richesse des nations (An Inquiry into the Nature and
Causes of The Wealth of Nations, 1776) est loin derrière
nous. Les pistes de réflexion ouvertes par le philosophe
qu’était Adam Smith, se sont élargies tout
au long du XIXe siècle pour aboutir à l’édifice
contemporain de la « science économique ».
Quel est, en dernière analyse, l’objet de la science
économique ? En simplifiant à l’extrême,
deux écoles s’affrontent en la matière : d’un
côté ceux, comme Paul A. Samuelson, qui affirment
que l’objet de l’économie est donné
par la manière dont les diverses sociétés
répondent à trois questions : « Que produire
? Comment produire ? Pour qui produire ? ». A l’instar
des courants marxisants, ce mode de questionnement met au cœur
de la démarche économique, l’étude
des mécanismes allocateurs au sein des diverses sociétés.
L’autre courant, plus directement issu de l’école
marginaliste, met la science économique au service de la
recherche de la plus grande efficacité. Ainsi, selon le
fameux texte que Lionnel Robbins consacrait en 1932 à la
question, l’économie aurait pour objet l’étude
et la recherche de la meilleure utilisation possible des moyens
- limités - en vue de la satisfaction des besoins - illimités
par définition.
Sans être totalement incompatibles, ces
regards sur l’objet de la science économique s’opposent
sur deux questions fondamentales : le rapport au réel et
la dimension prescriptive ou, comme les économistes ont
l’habitude de le dire, la dimension normative de cette science.
L’économie s’intéresse-t-elle à
la réalité ou bien est-elle une pure «science
des modèles» ? Cette question divise aujourd’hui
la profession : d’un côté, l’économie
dite appliquée, celle qui est « contaminée
» par un rapport direct au réel ; de l’autre,
l’économie abstraite, théorique et par conséquent
pure et noble. Le rapport tant épistémologique que
pratique entre les deux courants n’est pas aisé,
notamment parce que l’économie théorique a
bâti un monde abstrait qu’elle pose comme un idéal,
c’est-à-dire comme une vision essentielle, donc plus
vraie que celle à laquelle peut aboutir l’observation
d’un réel entaché d’imperfections. Aussi,
la théorie économique dédaigne la confrontation
de ses axiomes avec l’observation. Ainsi, espace réservé
à l’idéal, la théorie se détache
totalement du réel et finit par le remplacer par un monde
de pure forme, inventé de toute pièce. Ce monde-là,
fait de perfection mécanique, est élégant,
esthétique même - et séduisant pour des nouvelles
générations d’étudiants. A ce stade,
la théorie cesse d’être un instrument d’investigation
du réel, pour se substituer à ce dernier. A ce stade,
la « science des modèles » prend une dimension
normative et sert de base à la formulation de prescriptions
en matière de politique économique, de politique
sociale, voire de morale. L’idéal non seulement remplace
le réel comme objet d’investigation, mais s’impose
à ce dernier pour le dominer, et non le servir.
La crise épistémologique, aujourd’hui,
s’empare progressivement de la maison de la science économique.
Encore larvée, cette crise deviendra à n’en
pas douter ouverte, et le débat épistémologique
et méthodologique devra reprendre après plus d’un
demi-siècle d’absence. Ce sera alors l’occasion
d’analyser, la tête froide, les a priori et
les axiomes de l’économie mainstream qui,
pendant des décennies, ont échappé à
la critique, protégés par la discipline interne
de la profession. En d’autres termes, la réalité
riche de contenus s’apprête à prendre sa revanche
sur la seule manipulation des formes.
L’un des axiomes les plus fondamentaux,
donc en même temps le moins discuté, de la science
économique est la manière dont elle tient compte
de l’homme, de sa nature, de ses aspirations et de ses besoins.
Inventé à la fin du XIXe siècle sur les bords
du lac Léman, l’« homo oeconomicus »
est passé depuis une dizaine d’années dans
le langage courant. De qui s’agit-il au juste ? Est-ce un
modèle, au sens d’une épure de la réalité
construit pour mieux comprendre cette dernière, ou bien
s’agit-il d’une norme, d’un idéal qui
traduit l’essence de la nature humaine, ou bien encore d’une
pure vue de l’esprit sans autre prétention que cela
? La question est tout sauf sibylline. Il s’agit d’une
question épistémologique d’importance primordiale
pour toute la science économique.
Le retour en force de l’inquiétude
éthique et du questionnement qui l’accompagne annonce
l’épuisement du caractère souverain du paradigme
économique. En effet, la science économique a pu
se constituer au moment précis où la sphère
de l’échange s’émancipait de l’emprise
du religieux et du politique pour se doter d’une grande
autonomie, au point que les pères fondateurs avaient l’impression
qu’elle était devenue totalement autonome. Pourtant,
en tout cas jusqu’aux années 1980, l’enracinement
culturel et éthique de l’acteur économique,
donc par son intermédiaire de toute l’activité
économique, est resté important. Aujourd’hui,
cet enracinement culturel et éthique subit une érosion
importante par l’extension impériale de la «
raison économique ». Une analogie avec les années
1970 s’impose : à l’époque, l’humanité
avait découvert qu’à force de solliciter l’environnement
biologique, elle risquait de disparaître. Aujourd’hui,
ne sommes-nous pas sur le point de faire une autre découverte
? A force de dilapider les trésors culturels et éthiques,
de faire de homo oeconomicus une norme sociale libérée
de toute contrainte autre que ses pulsions et désirs, l’humanité
risque de sombrer dans une violence d’un genre nouveau :
une guerre économique de tous contre tous.
Paul H. Dembinski, Directeur de l'Observatoire
de la Finance
top

Lectures
recommandées / Suggested readings
Homo
oeconomicus. Le mal-compris et le mal-aimé, Finance
& the Common Good / Bien Commun, Eté / Summer
2005, no 22
Les contributions à ce numéro de
Finance & the Common Good / Bien Commun abordent
l’homo oeconomicus sous plusieurs perspectives.
Ainsi, les auteurs scrutent sa silhouette du point de vue de la
cohérence interne de cette construction, du rapport entre
le modèle et la réalité observée,
et finalement dans la perspective de la norme sociale que le modèle
a contribué à créer. La réflexion
sur la pertinence et le rôle du modèle de l’homo
oeconomicus se prolonge naturellement par une analyse critique
de la manière dont la pensée économique dominante
s’en sert pour élaborer ses modèles macro-économiques
dont s’inspirent, à leur tour, les recommandations
politiques. L’homo oeconomicus est-il bien compris
? Avons-nous pris toute la mesure des limites inhérentes
à cette construction, sommes-nous conscients des précautions
qu’il s’agit de prendre en l’utilisant à
d’autres fins, en bâtissant sur cette hypothèse
d’autres modèles ? Ce sont des questions auxquelles
la lecture de ce numéro apportera quelques éléments
de réponse.
Contributions to this issue of Finance &
the Common Good / Bien Commun tackle homo economicus
from various angles. The actors scrutinise his form from the perspective
of the internal coherence of the construction, the relationship
between the model and observed reality, and the social norm the
model helps to create. Notions on the relevance and role of the
homo economicus model are naturally succeeded by a critical
analysis of the way in which dominant economic thought uses the
model to create its macro-economic models, which in turn inspire
policy recommendations. Do we have a proper grasp of homo
economicus? Have we fully assessed the limits inherent to
this construction? Are we conscious of the precautions that need
to be taken in using it for other ends, in constructing other
models based on this hypothesis? Readers of this issue will find
some elements of an answer to these questions.
Compte-rendu
de lecture / Book Review
Tim
Parks, Medici Money: Banking, Metaphysics, and Art in Fifteenth-Century
Florence, London, Profile Books Ltd, 2005, 224 p.
Caché parmi cette histoire fascinante
qu’est la dynastie des Medici et le développement
des activités bancaire dans l’Italie du 15ème
siècle, on trouve la description de la nature de l’usure
et les réponses de la théologie morale.
Hidden in this fascinating history of the Medici
dynasty and the development of banking in Italy in the 15th century
is a more perceptive account of the nature of usury and of moral
theology’s response to it than is found in most standard
academic treatments of the topic.
Notre
rubrique "Vu dans la presse" /
Our "Seen in the
Press" Rubric
top

Evénements
/ Events
Ethique,
Finance et Responsabilité / Ethics,
Finance & Responsibility
La 4ème Rencontre Internationale Ethique,
Finance et Responsabilité a eu lieu du 30 septembre
au 1er octobre au Château de Bossey. Les 2 jours de conférence
ont réuni une cinquantaine de personnes, professionnels
et académiciens, provenant de Suisse, Espagne, France,
Pologne, Angleterre et Etats-Unis. La rencontre a été
le fruit de rencontres intéressantes et de discussions
approfondies sur les thèmes: Quelle forme pour l’entreprise
de demain?; Le prêt: quel partage de responsabilités?;
Le risque - entre technique et métaphysique ; Est-ce que
l'éthique doit-elle/peut-elle être gérée?;
La formation/sensibilisation à l'éthique en finance
; Finance & société: antagonistes ou partenaires?
Les
photos et le programme de la Rencontre...
The 4th international meeting Ethics, Finance
& Responsibility was held from September 30th to October
1st at the Château de Bossey. The 2-days conference brought
together about 50 people, professionals and researchers, from
Switzerland, Spain, France, Poland, the United Kingdom and the
United States. The meeting has been the occasion of interesting
contacts and very detailed discussions about: What will tomorrow’s
businesses look like?; Loans: how to share responsibility?; Risk:
between technology and metaphysics; Should / can ethics be managed?;
Ethical training and awareness in the financial sector; Finance
and society: adversaries or partners?
Pictures
and programme of the meeting...
L'Echo de l'Ethique
Les comptes-rendus
des réunions du groupe de l'Echo de l'Ethique
sont disponibles sur notre site /
Discussions
of the Echo de l'Ethique working group are now available
on our Website (in French only).
Informez-nous sur vos évenements
à venir / Let us know about your forthcoming events.
top

A
venir / Forthcoming
Finance
& the Common Good / Bien Commun, no
23
Le prochain numéro de notre revue traitera
du thème de la gouvernance d'entreprise. Sortie: janvier
2006.
Next issue of our review will deal with the
topic of Enterprise's gouvernance. Publication: January 2006.
top

Observatoire
de la Finance
Devenez
membre de l'Observatoire de la Finance et aidez à diminuer
la distance entre le côté technique de la finance
et sa dimension éthique. /
Become
a member of the Observatoire de la Finance and help us to
close the gap between the technical and the ethical face of finance.
Pour
en savoir plus sur notre fondation / To know more about us: www.obsfin.ch
Observatoire de la Finance
32, rue de l'Athénée
1206 Genève - Suisse
+41 (0)22 346 30 35
+41 (0)22 789 14 60
office@obsfin.ch
www.obsfin.ch
